Dans le contexte du mémorandum américano-iranien, Israël se retrouve sous pression sur plusieurs fronts à la fois — dans le Sud-Liban, sur le Hermon syrien, autour du dialogue direct avec Damas et sur la question de l’avenir du secteur de Gaza.
Le problème clé pour Jérusalem ne réside pas seulement dans l’accord entre les États-Unis et l’Iran. Ce qui est beaucoup plus dangereux, c’est que Washington pourrait tenter de transformer les succès militaires israéliens des derniers mois en une monnaie d’échange diplomatique pour un accord régional que Donald Trump veut présenter comme une grande percée pacifique au Moyen-Orient.
Selon la logique israélienne, le retrait des troupes du nord, la limitation de la liberté d’action contre le «Hezbollah» et le lancement de la reconstruction de Gaza avant le désarmement du Hamas créent une menace commune. Israël risque de perdre le contrôle précisément là où le prix de l’erreur ne se mesure pas par des déclarations politiques, mais par la sécurité des habitants de Galilée, du Golan, du sud du pays et du centre d’Israël.
Liban et Hermon syrien : pression autour de la sécurité nordique
Au centre de l’inquiétude israélienne se trouvent le Sud-Liban et les zones qu’Israël considère comme une zone tampon de sécurité après la guerre avec le «Hezbollah». Selon des sources israéliennes, l’administration Trump pourrait intensifier la pression sur le Premier ministre Benjamin Netanyahu, exigeant le retrait des troupes ou au moins une formule que Washington pourrait présenter au monde arabe comme un succès diplomatique.
La journaliste Anna Raiva-Barski a écrit dans «Maariv» qu’en Israël, on craint que la pression américaine ne passe à une phase pratique. Il pourrait s’agir non seulement de demandes politiques, mais aussi de retards dans les livraisons d’armes, de restrictions dans le domaine de la sécurité et de mesures qui ressembleraient en pratique à un embargo sur les armes.
Ce que Washington veut exactement
Les responsables israéliens estiment que Trump tente d’obtenir d’Israël un «paiement» pour la sécurité au nord en échange de l’accord que les États-Unis promeuvent avec l’Iran. Dans cette logique, le Liban, la Syrie et le Hermon syrien ne sont pas des questions distinctes, mais font partie d’une seule construction régionale.
Publiquement, Netanyahu a déjà laissé entendre qu’Israël n’a pas l’intention de renoncer aux zones tampons. Sa position est simple : si Israël se retire trop tôt, le «Hezbollah» et l’Iran auront le temps, l’espace et la voie pour rétablir la menace à la frontière nord.
Dans ce sens, le différend entre Jérusalem et Washington n’est pas seulement diplomatique. C’est un différend sur qui déterminera les frontières de la sécurité israélienne après la guerre : le gouvernement israélien, en fonction des menaces sur le terrain, ou l’administration américaine, en fonction d’un grand accord avec Téhéran.
Syrie : Damas revient dans le jeu des négociations
La direction syrienne est devenue le deuxième élément de la pression américaine. Selon les rapports de Kan 11, les correspondants Gili Cohen et Roy Case ont rapporté que le dialogue direct entre Jérusalem et Damas pourrait reprendre sous la pression des États-Unis après plusieurs mois de gel et pour la première fois après la guerre avec l’Iran.
Il est important ici de préciser les faits : il ne s’agit pas de Bachar al-Assad, mais d’Ahmed al-Sharaa, que les publications occidentales appellent actuellement le président de la Syrie. C’est autour de lui que Washington tente de construire une nouvelle formule régionale, dans laquelle Damas doit jouer un rôle dans l’affaiblissement du «Hezbollah» au Liban.
Lors du sommet du G7 à Évian-les-Bains, France, Trump a déclaré qu’il avait parlé avec le leader syrien du «Hezbollah». Le président américain a en fait proposé que la Syrie s’occupe du groupe chiite libanais au lieu d’Israël. Dans l’une de ses phrases, il a dit qu’Israël n’avait pas besoin de «démolir un immeuble résidentiel à chaque fois» qu’ils cherchaient un militant du «Hezbollah».
Pourquoi Israël aborde cela avec prudence
Pour Israël, cette idée semble problématique pour plusieurs raisons. Premièrement, la Syrie elle-même reste instable. Deuxièmement, l’intervention de Damas au Liban pourrait déclencher une nouvelle vague de conflit interconfessionnel. Troisièmement, Israël ne veut pas échanger sa liberté d’action contre les promesses d’une tierce partie, surtout lorsqu’il s’agit du «Hezbollah» et de l’infrastructure iranienne.
Selon Reuters, al-Sharaa lui-même a nié les rumeurs selon lesquelles la Syrie aurait l’intention d’entrer au Liban. Ainsi, l’idée américaine semble pour l’instant davantage être un outil de pression sur Israël et le Liban qu’un véritable mécanisme militaire.
Pour le public israélien, cela est particulièrement important : lorsque Washington parle d’«architecture régionale», les habitants de Kiryat Shmona, Metula, Nahariya, Haïfa et du Golan entendent une autre question — qui sera responsable si le «Hezbollah» recommence à tirer. C’est pourquoi NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère la pression américaine non pas comme une diplomatie abstraite, mais comme un différend direct sur le droit d’Israël à maintenir lui-même les lignes de sécurité.
Gaza : reconstruction avant le désarmement du Hamas
Le troisième front de pression est le secteur de Gaza. Cette semaine, des publications dans les médias israéliens ont rapporté que les États-Unis insistent sur la promotion de la reconstruction de Gaza avant le désarmement complet du Hamas. Il s’agit principalement des zones sous le contrôle de Tsahal, y compris la soi-disant «zone jaune».
L’idée américaine est la suivante : commencer la reconstruction dans les zones où il n’y a pas de présence directe du Hamas, introduire un contingent international et parallèlement créer les conditions pour l’évacuation d’environ 100 000 habitants de Gaza du secteur. Officiellement, cela est présenté comme un moyen de séparer la population du pouvoir du Hamas et de lancer une administration civile sans structure terroriste.
Mais en Israël, on considère ce schéma comme dangereux. Le cabinet des ministres exige de maintenir le contrôle sur le territoire jusqu’à ce que la condition principale soit remplie — le désarmement du Hamas. Sans cela, la reconstruction pourrait se transformer non pas en stabilisation du secteur, mais en reconstruction de l’infrastructure, qui serait ensuite à nouveau utilisée par l’organisation terroriste.
Le principal différend : d’abord la sécurité ou d’abord la reconstruction
La position d’Israël reste ferme : les forces internationales ne doivent pas entrer dans le secteur, et la reconstruction ne doit pas commencer tant que le Hamas conserve des armes, des structures de gestion et la capacité de rétablir son potentiel militaire.
Dans les discussions non officielles israéliennes, on reconnaît que la pression américaine sur Gaza s’intensifie et pourrait devenir encore plus forte après la réduction de l’escalade autour de l’Iran et du Liban. Washington veut avancer vers une image politique de «règlement post-conflit», mais Jérusalem voit une autre réalité sur le terrain : le Hamas utilise le temps pour se regrouper.
C’est ici que convergent les trois directions — Liban, Syrie et Gaza. Les États-Unis tentent de rassembler un large paquet régional : l’Iran obtient une piste de négociation, le Liban — la fin de la guerre, la Syrie — un nouveau rôle, Gaza — la reconstruction, et Israël — des exigences de retenue.
Pour Jérusalem, c’est une formule dangereuse. Elle peut sembler belle lors des sommets, mais en pratique, elle laisse Israël face à un choix familier : soit accepter la construction diplomatique de l’allié, soit conserver la liberté d’action là où la menace n’a pas disparu.
La principale conclusion pour Israël est simple. Si les États-Unis lient le Liban, la Syrie, Gaza et l’Iran dans un seul accord, Israël doit non seulement réagir à chaque pression séparément, mais aussi voir toute la carte d’un coup. Parce qu’une concession sur un front peut rapidement devenir un précédent pour la pression sur un autre.
