En politique internationale, il est rare qu’un moment survienne où les « anciennes règles » se brisent sous nos yeux et que cela soit reconnu même par ceux qui, hier encore, les suivaient comme une instruction : le Kremlin, en fait, se retrouve avec un nouveau problème — les paroles de Poutine cessent d’être crues non seulement par ses adversaires, mais aussi par ceux qui considéraient Moscou comme un pilier ou au moins un partenaire utile.
Le sujet ne concerne pas « l’échec de la diplomatie » ni un nouvel épisode de sanctions. Il s’agit du fait que l’influence de la Russie aux yeux des acteurs extérieurs commence à ressembler à un produit dont la date de péremption approche — surtout dans le contexte où plusieurs régimes et alliances sur lesquels Moscou misait, dans la région et dans le monde, se fissurent.
Les alliés de Moscou s’affaiblissent — et les promesses du Kremlin perdent de leur valeur
Un des principaux arguments : lorsque les partenaires de la Russie — Venezuela, Syrie, Iran — perdent leur stabilité ou entrent en crise, toutes les « garanties » et promesses de Moscou sonnent moins convaincantes. Dans ce contexte, même la rhétorique habituelle du Kremlin commence à se retourner contre lui : plus les déclarations sont fortes, plus la vérification de la réalité est intense.
Un épisode révélateur souvent mentionné comme symptôme : les États-Unis ont intercepté au large du Venezuela un pétrolier lié à des livraisons de pétrole, naviguant sous pavillon russe. Pour Moscou, c’est désagréable précisément parce que cela montre que l’administration Trump est prête à agir de manière ferme et publique, sans prétendre craindre les « lignes rouges ».
Dans ce contexte, Poutine lui-même s’efforce de parler aussi prudemment que possible des sujets sensibles — et de l’Iran, où des manifestations massives ont lieu, et du Venezuela. Dans un des épisodes, il s’est limité à appeler les États-Unis à « respecter le droit international ». Ce ton mesuré est interprété comme une tentative de ne pas faire exploser les relations avec Trump là où il est plus important pour Moscou de maintenir un canal que de montrer du caractère.
Trump et Poutine : même habitude du mensonge, mais coût de l’erreur différent
Détail important : Trump et Poutine utilisent régulièrement le mensonge comme outil. Mais la différence est que, pour la Russie, le mensonge commence à être trop facilement vérifiable — et trop rapidement démenti publiquement. Cela nuit à l’« aura » du Kremlin plus que toute critique idéologique.
L’exemple le plus frappant — l’histoire de la prétendue attaque de drones ukrainiens sur la résidence de Poutine dans la région de Valdaï. La partie russe a déclaré une attaque massive et l’interception de dizaines de drones. Cependant, les structures américaines et les médias ont rapporté qu’il n’y avait aucune preuve d’une telle attaque.
Et le 4 janvier 2026, Trump a publiquement déclaré qu’il ne croyait pas au fait même de l’attaque sur la résidence. Pour le Kremlin, cela est particulièrement douloureux : dans de telles situations, Moscou compte généralement au moins sur un prudent « nous vérifions l’information ». Ici — c’est pratiquement un « je n’achète pas » démonstratif.
« Si tu montres de la faiblesse — tu seras puni »
Poutine n’attaque pas Trump, car il espère une « compréhension symétrique » des intérêts de Moscou. Mais une réaction trop émotionnelle montrerait une vulnérabilité, et montrer une vulnérabilité dans un tel jeu coûte toujours cher. La formule est dure : le fort est perçu comme fort, le faible est puni.
Et un autre niveau apparaît : Washington devient plus pragmatique et « axé sur l’argent et les affaires », plutôt que sur la démocratie et les valeurs. Cela change la configuration habituelle à laquelle Moscou s’est adaptée pendant des années : le Kremlin savait jouer contre « l’Occident des valeurs », mais comprend moins bien comment négocier avec un joueur aussi cynique et imprévisible, qui n’hésite pas à annuler publiquement les thèses russes.
Pourquoi Moscou reste avec des partenaires « horribles et inefficaces »
La Russie choisit de plus en plus des alliés que l’on peut qualifier de « horribles et inefficaces », parce que « personne d’autre ne veut être ami avec la Russie ». Ce n’est plus une pique diplomatique, mais un diagnostic de la façon dont l’espace de choix se rétrécit.
Dans ce contexte, la fatigue intérieure des Russes face à la guerre et le sentiment que le mythe de l’« invincibilité » s’effrite deviennent un facteur de politique étrangère : plus la guerre dure, plus le risque d’affaiblissement économique et social est grand — et donc, moins le Kremlin a de ressources pour acheter la loyauté des alliés et maintenir son statut de « centre de pouvoir ».
Ce que cela signifie pour Israël : relations avec la Russie, mais déjà à travers le facteur Trump
Dans cette histoire, la Russie apparaît non pas comme un « partenaire de confiance », mais comme une source d’instabilité : les promesses changent facilement, les enjeux augmentent, et le coût de l’erreur est reporté sur les autres. Pour Israël, ce n’est pas une raison de faire une crise, mais une raison de reprogrammer le modèle de contacts — et de le faire de manière à ce qu’à Washington (et personnellement pour Trump) il n’y ait pas l’impression que Jérusalem joue sur deux tableaux.
Maintenir des canaux minimaux, mais cesser de considérer Moscou comme un pilier
Les contacts sont utiles pour la tactique : le cadre syrien, les questions civiles, les situations d’urgence. Mais compter sur la Russie comme garant — c’est un mauvais pari. Dans cette logique, « on peut parler, mais on ne peut pas compter » devient une règle stricte de sécurité.
Plus le Kremlin est faible et nerveux, plus il compense par des démonstrations et des mouvements soudains. Il est important pour Israël que ces « surprises » ne deviennent pas une partie de sa sécurité quotidienne.
Toutes les ententes — uniquement à travers des procédures, sans « paroles »
Si la valeur de la parole de Moscou diminue, tout schéma de travail doit être aussi « en béton » que possible : points de contact fixes, protocoles, contrôle de l’exécution, lignes rouges claires.
Les promesses personnelles et les « accords de gentlemen » avec le système de Poutine — c’est une zone où Israël sera toujours perdant si quelque chose tourne mal.
Sous Trump — réduire de manière démonstrative les risques de sanctions et technologiques
Le facteur Trump est ici clé : si la Maison Blanche traite déjà la Russie plus mal et est prête à agir brusquement, Israël ne doit pas apparaître comme une plateforme pour contourner la pression sur Moscou.
Concrètement, cela signifie :
raccourcir la laisse sur les routes financières et les schémas avec des biens à double usage, renforcer la conformité, moins de « médiateurs gris », moins d’histoires logistiques opaques qui se transforment ensuite en questions de Washington.
Séparer l’humanitaire et le politique — et le faire froidement
On peut aider à résoudre les questions consulaires et protéger ses citoyens. Mais il est important de ne pas transformer cela en une « normalisation » publique du Kremlin.
La Russie utilise activement tous les symboles comme preuve que « nous sommes reconnus ». Israël n’en a pas besoin : chaque geste peut facilement devenir une image étrangère pour la propagande interne de Moscou.
Le dossier iranien : plus la Russie est proche de l’Iran, moins il y a d’espace pour la « neutralité »
L’Iran est un adversaire direct d’Israël, et son lien avec Moscou rend toute douceur envers le Kremlin toxique non seulement en termes de réputation, mais aussi pratiquement.
Si la Russie est plus profondément impliquée avec l’Iran, alors la posture neutre d’Israël semblera être une auto-illusion : les menaces convergent en un point, et « nous sommes séparés » cesse de fonctionner.
Avec Trump — ne pas discuter de la vision du monde, mais vendre la logique de sécurité
Il est avantageux pour Israël de formuler sa ligne de manière à ce qu’elle coïncide avec le style de Trump : « nous réduisons les risques et fermons les échappatoires, car cela nous est bénéfique ainsi qu’à nos alliés ».
C’est-à-dire pas « nous sommes si justes », mais « nous faisons cela parce que cela réduit l’influence de l’Iran, stabilise la région et élimine les problèmes inutiles pour les États-Unis ».
Passer à des soutiens multilatéraux au lieu de « relations spéciales » avec le Kremlin
La politique personnaliste de la Russie — c’est un piège éternel : aujourd’hui un signal, demain un autre, après-demain une nouvelle légende. Israël a intérêt à renforcer le lien avec les États-Unis et des partenaires compréhensibles, et à garder le canal russe comme auxiliaire, pas comme systémique.
Et surtout : plus Trump est anti-russe, moins Israël a besoin de « balancer » — et plus il doit gérer la distance. Calme, pragmatique, mais sans illusions sur Moscou et Poutine personnellement.
NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency
