Après le début de la guerre de la Russie contre l’Ukraine, de nombreux analystes ont commencé à parler de la fin de l’ancien ordre mondial. Le fondateur de Geopolitical Futures, George Friedman, affirme que la guerre froide est effectivement terminée, mais l’illusion selon laquelle les « puissances moyennes » peuvent remplacer les grandes ne résiste pas à l’épreuve des chiffres.
Le discours du Premier ministre canadien Mark Carney à Davos, où il a proposé l’idée d’une alliance de puissances moyennes — du Canada et de l’Australie au Japon et aux pays de l’UE — comme alternative à la domination des États-Unis et de la Chine, a été le prétexte à la discussion.
L’arithmétique contre le rêve
Deux puissances — la moitié de l’économie mondiale
Les États-Unis représentent environ un quart de l’économie mondiale. La Chine — environ 20 %. Près de la moitié du PIB mondial est concentrée entre les mains de deux pays.
Les 55 % restants sont répartis entre des dizaines de pays, dont seulement environ huit ont un PIB supérieur à un trillion de dollars. Même en unissant leurs efforts, l’échelle économique reste fragmentée.
Le Canada dirige environ 75 % de ses exportations vers les États-Unis et environ 15 % vers la Chine. La perte des deux marchés nécessiterait des alternatives de taille comparable. De tels marchés n’existent pas.
Sans sécurité, pas d’économie
Friedman souligne : la richesse sans force est vulnérable. Les pays orientés vers l’exportation ont besoin de marchés et de garanties de sécurité. L’Allemagne ne peut pas assurer la sécurité de la Corée du Sud. La Corée du Sud ne remplacera pas le marché américain pour l’Europe.
L’idée des « pays partageant les mêmes idées » est attrayante dans la rhétorique, mais lorsqu’on tente de la traduire en modèle économique, des contradictions structurelles apparaissent.
Dans ce contexte, НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency note que la discussion sur les « puissances moyennes » reflète une réaction psychologique au changement de l’équilibre des forces, et non un nouveau système stable.
États-Unis et Canada : dépendance sans divorce
Enchevêtrement économique
Friedman compare les relations entre les États-Unis et le Canada à un mariage impossible à dissoudre. L’économie canadienne est profondément intégrée à l’économie américaine : trois quarts des exportations sont dirigées vers le sud.
Simultanément, les États-Unis dépendent du Canada en matière de défense. Le NORAD et la direction arctique restent des éléments clés de la sécurité nord-américaine.
Même en cas de tensions politiques, les deux parties conservent une nécessité stratégique mutuelle.
L’illusion de la distanciation
Les tentatives de se distancier des États-Unis se heurtent à une question simple : par quoi remplacer le plus grand marché et garant militaire ? L’Europe et l’Asie sont économiquement et géographiquement dispersées, leurs intérêts sont hétérogènes.
En géopolitique, souligne Friedman, ce qui compte, ce ne sont pas les émotions, mais les impératifs — l’économie et la sécurité.
Cuba : pression sans invasion
Stratégie d’isolement
Après l’opération contre le régime vénézuélien et l’arrêt des livraisons de pétrole, Cuba s’est retrouvée dans une situation économique difficile. Les États-Unis intensifient la pression, comptant sur une transformation interne du régime.
Cependant, une intervention militaire directe est considérée comme peu probable. L’occupation de l’île nécessiterait des ressources considérables et s’accompagnerait de risques sérieux.
Menaces en série au lieu de guerres en série
Friedman note que la stratégie américaine actuelle se caractérise non par des conflits à grande échelle, mais par des menaces successives et des actions ciblées. Le Venezuela, l’Iran, Cuba — ce sont des éléments de pression, et non des campagnes à grande échelle.
Les États-Unis utilisent des outils économiques et diplomatiques, minimisant la participation militaire directe.
Transition, pas effondrement
Comparant la situation à celle de 1945, Friedman parle d’une transition vers un nouveau système. À l’époque, l’Europe a perdu son statut de centre de pouvoir, cédant la place aux États-Unis et à l’URSS. Aujourd’hui, la Russie a démontré la limitation de ses capacités en Ukraine, et les États-Unis réévaluent l’étendue de leur présence mondiale.
Les anciennes normes s’affaiblissent, mais cela ne signifie pas la disparition des grandes puissances. La concentration économique et la puissance militaire continuent de déterminer les règles du jeu.
L’idée d’une alliance de puissances moyennes est une réaction à la domination, mais pas son remplacement. Les chiffres restent l’argument décisif.