Le 16 mars 2026, TASS a mis en titre une formule qui fonctionne déjà comme un coup politique : L’Ukraine, semble-t-il, pourrait devenir «complice de l’agression des États-Unis et d’Israël contre l’Iran». Le prétexte était une déclaration du porte-parole officiel du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, qui a accusé Volodymyr Zelensky de « tenter d’entraîner Kiev dans un conflit avec Téhéran » en envoyant des conseillers militaires et des spécialistes pour aider les alliés des États-Unis à repousser les drones iraniens. Dans la version relayée par TASS, ce n’est plus une aide défensive, ni un échange d’expérience, ni une exportation de l’expertise ukrainienne, mais presque une entrée directe de l’Ukraine dans le camp des «agresseurs».
Il est important ici non seulement ce que Baghaei a dit, mais aussi comment cela a été présenté. Le « diplomate » iranien a prononcé la formule clé : un tel comportement, selon Téhéran, signifie «complicité dans le conflit» et «coopération avec les agresseurs contre l’Iran», ce qui entraînera donc une «responsabilité internationale» de l’État. Ce n’est plus une tirade émotionnelle sur fond de guerre. C’est une tentative de créer à l’avance un cadre politico-propagandiste dans lequel chaque prochain pas de Kiev pourra être expliqué comme une « action hostile contre la République islamique ».

Ce que Téhéran a exactement dit et pourquoi ce n’est pas juste une autre menace
Le sujet n’est pas apparu de nulle part. Déjà le 5 mars, Reuters rapportait que Volodymyr Zelensky, après une demande des États-Unis, avait ordonné de fournir une aide pour se protéger contre les Shahed iraniens au Moyen-Orient et d’assurer la présence de spécialistes ukrainiens. Et déjà le 15 mars, Reuters précisait : Kiev a envoyé trois groupes de spécialistes au Moyen-Orient pour évaluer la situation et démontrer comment la défense anti-drones devrait fonctionner ; le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et la base américaine en Jordanie étaient mentionnés. Dans la même publication, Zelensky disait clairement que l’Ukraine avait besoin de technologies et de financement en échange de cette aide.
C’est sur ce fond que les mots de Baghaei ont été prononcés. Téhéran a délibérément choisi l’interprétation la plus dure : pas une aide à la défense contre les drones, mais « entraîner l’Ukraine dans une guerre contre l’Iran ». Pour le lecteur israélien, cette approche est bien connue. Lorsque la partie iranienne ne peut nier que ses drones sont devenus une menace régionale, elle change d’accent et tente de rendre coupable celui qui aide à abattre ces drones.
La formule de «responsabilité internationale» — c’est déjà le langage de la pression
La phrase sur la «responsabilité internationale» sonne fort, mais son sens est ailleurs.
Téhéran ne présente pas au monde un mécanisme juridique prêt contre Kiev. Il crée une base politique pour une pression future : informationnelle, diplomatique, et en cas d’escalade — pour de nouvelles menaces à l’adresse de l’Ukraine. C’est la même logique par laquelle les représentants iraniens ont averti ces dernières semaines d’autres pays : l’aide aux États-Unis et à Israël sera considérée comme une participation du côté des «agresseurs».
L’Ukraine est maintenant tentée d’être mise dans le même rang.
Pourquoi ici Kiev est moins important que l’axe Iran–Russie
Si on enlève le bruit, il reste l’essentiel : l’attaque iranienne contre Kiev dans cette histoire ressemble à une réalité inversée. C’est l’Iran qui est devenu l’un des principaux fournisseurs extérieurs de la guerre contre l’Ukraine elle-même. Le 29 janvier 2026, le Conseil de l’UE a déclaré clairement que l’Iran continue de soutenir militairement la guerre russe contre l’Ukraine et a imposé de nouvelles restrictions, y compris des mesures contre des personnes et des structures liées au programme iranien de drones et de missiles. Ce n’est plus une dispute de politologues ni une rhétorique ukrainienne. C’est la position officielle de l’Union européenne : l’Iran et la Russie ne sont pas liés par un épisode, mais par un partenariat militaire-technologique stable.
De plus, à la mi-mars 2026, ce lien est devenu encore plus cynique. Reuters rapportait le 15 mars les propos de Zelensky selon lesquels maintenant la Russie fournit à l’Iran des Shahed pour frapper les États-Unis et Israël. Même si cette histoire sera encore précisée dans les détails, le tournant lui-même est déjà révélateur : ce qui a commencé comme une aide iranienne au Kremlin pour frapper les villes ukrainiennes revient maintenant au Moyen-Orient comme un élément de l’infrastructure militaire anti-israélienne et anti-occidentale. Nous ne sommes pas face à deux crises distinctes, mais à une ligne d’échange d’armes, de technologies et de couverture stratégique.
Pour НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency ici, c’est ce niveau qui est le plus important. L’Iran et la Russie dans une telle configuration ne se présentent plus comme des partenaires de circonstance, mais comme des alliés d’un axe du mal commun, qui frappe l’Ukraine avec des drones et des missiles, puis utilise la même expérience, les mêmes outils et le même lexique politique contre Israël et les alliés américains au Moyen-Orient. C’est pourquoi les mots de Baghaei sur la «complicité» ne sonnent pas comme une revendication iranienne indépendante, mais comme une partie d’un grand front commun de pression.
Pourquoi TASS reprend cela avec tant de plaisir
Pour l’agence d’État russe, cette histoire est avantageuse pour deux raisons.
Premièrement, elle permet de présenter l’Ukraine non pas comme une victime de la coopération militaire russo-iranienne, mais comme un prétendu nouveau participant à une «guerre étrangère» du côté des États-Unis et d’Israël.
Deuxièmement, cela aide Moscou et Téhéran à fusionner deux fronts en une seule histoire : si l’Ukraine aide à se défendre contre les Shahed dans le golfe Persique, cela signifie qu’elle ne fait plus seulement la guerre à la Russie, mais participe à un large contour anti-iranien. Pour la propagande russe, c’est une construction pratique — détourner l’attention du fait de l’aide iranienne au Kremlin vers l’accusation de Kiev de «complicité».
Ce que cela signifie pour Israël et comment l’histoire pourrait se terminer
Pour Israël, cette nouvelle est importante non pas parce que Téhéran a de nouveau augmenté le ton de sa rhétorique. Elle est importante parce que l’Iran reconnaît en fait : l’expérience ukrainienne de lutte contre les Shahed est devenue stratégiquement précieuse pour les États du Moyen-Orient. Les pays de la région dépensent de grandes quantités de missiles de défense aérienne pour repousser les attaques iraniennes, et Kiev offre non pas une solidarité abstraite, mais une expertise pratique réelle, acquise sous les frappes des mêmes drones. C’est ce qui irrite le plus Téhéran.
À court terme, l’histoire continuera probablement non pas par un processus juridique, mais par un nouveau tour de pression sur l’Ukraine — par des menaces, de la propagande et des tentatives de présenter Kiev comme faisant partie d’une coalition hostile.
Mais plus profondément, il y a autre chose.
L’Iran reconnaît déjà publiquement que la lutte contre ses drones n’est plus seulement un sujet ukrainien. Elle est devenue partie intégrante de la nouvelle architecture de sécurité au Moyen-Orient. Et donc, pour Israël, ce n’est déjà plus une histoire étrangère.
