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Le rapprochement étroit entre la Russie et l’Iran a depuis longtemps cessé d’être une curiosité historique ou un partenariat situationnel entre deux régimes sous sanctions. Aujourd’hui, il s’agit d’une construction bien plus dangereuse, dans laquelle Moscou et Téhéran échangent des technologies, une expérience militaire, une couverture politique et des ressources, et les conséquences de cette coopération frappent de plus en plus les intérêts d’Israël, de l’Ukraine et de tout le camp occidental. C’est à cette conclusion que mène la conversation globes du 9 avril 2026 avec Arcadi Mil-Man, ancien ambassadeur d’Israël en Russie et responsable du programme Russie à l’INSS.

Pour le public israélien, ce sujet est particulièrement important non seulement en raison de la menace nucléaire iranienne. Plusieurs lignes de tension s’y croisent : la guerre en Ukraine, le renforcement de la coalition anti-occidentale, l’importance croissante de la guerre par drones, ainsi que la destruction progressive des anciennes idées selon lesquelles il est possible de négocier avec le Kremlin par un équilibre prudent.

Comment la Russie et l’Iran sont passés de voisins méfiants à partenaires stratégiques

De l’hostilité historique à l’alliance pragmatique

Pendant longtemps, les relations entre la Russie et l’Iran étaient loin d’être amicales. Déjà au XIXe siècle, les guerres entre l’Empire russe et la Perse ont laissé une lourde empreinte dans la mémoire historique iranienne, et après la révolution islamique de 1979, l’Union soviétique était perçue comme une force idéologiquement hostile. Le projet révolutionnaire chiite de Téhéran et le communisme athée soviétique se combinaient mal, et le soutien de Moscou à Saddam Hussein dans la guerre contre l’Iran ne faisait qu’accentuer cette hostilité.

Cependant, après l’effondrement de l’URSS en 1991, la situation a changé. La Russie cherchait de l’argent, des marchés et de nouveaux formats d’influence extérieure. L’Iran, pour sa part, avait besoin de technologies et de canaux politiques. Ainsi, une nouvelle logique de relations est apparue, dans laquelle l’idéologie a cédé la place au pragmatisme. L’un des symboles de cette période a été la coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire et la construction de la centrale nucléaire de Bouchehr. Officiellement, il s’agissait d’énergie nucléaire civile, mais de tels projets suscitent toujours des inquiétudes, car les connaissances et les infrastructures peuvent devenir le fondement d’ambitions militaires.

Après 2022, l’alliance est devenue plus profonde et plus dangereuse

Le moment décisif a été la guerre à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine. Après février 2022, Moscou s’est retrouvée sous des sanctions encore plus sévères et a cherché un soutien parmi les États vivant depuis longtemps sous pression internationale. Ainsi s’est formée une véritable « axe des parias », où chaque partie a ses avantages, mais un ennemi commun — l’Occident.

Si auparavant l’Iran dépendait largement de la Russie en tant que partenaire senior, les relations sont désormais devenues plus symétriques. Le Kremlin avait soudainement besoin de drones iraniens, de technologies pour contourner les sanctions et d’expérience de survie en isolement. Téhéran, pour sa part, a obtenu l’accès à l’expérience militaire russe, à de nouvelles solutions techniques et, apparemment, à un soutien supplémentaire en matière de renseignement.

C’est ici que le sujet dépasse largement le cadre des relations bilatérales. Pour Israël, ce n’est plus une géopolitique abstraite, mais une question de menaces futures à ses propres frontières et dans son propre ciel.

Ce que l’Iran obtient de la Russie et pourquoi cela devrait inquiéter Israël

Le cercle est bouclé : les technologies iraniennes reviennent de Russie déjà renforcées

L’une des observations les plus inquiétantes est que la coopération militaire entre Moscou et Téhéran est devenue un échange bilatéral. D’abord, l’Iran fournissait des drones à la Russie et aidait à déployer des capacités de production. Ensuite, la Russie, ayant accumulé une énorme expérience pratique de la guerre en Ukraine, a commencé à renvoyer ces outils à l’Iran sous une forme améliorée. Selon Mil-Man, il pourrait s’agir de livraisons de drones modernisés, ainsi que d’une aide dans le domaine du renseignement, y compris des données satellitaires.

Pour Israël, c’est particulièrement sensible. L’Iran ne reçoit pas seulement du « matériel », mais une expérience de combat retravaillée de la plus grande guerre moderne. Cela signifie que chaque attaque suivante de l’Iran ou de ses proxies peut être technologiquement plus complexe, plus précise et plus dangereuse.

Un autre point est révélateur : après la première attaque iranienne massive contre Israël en avril 2024, lorsque des éléments du système de défense aérienne iranien ont été touchés, c’est la Russie, selon l’interlocuteur, qui a aidé à restaurer ces capacités. Un tel processus rend la menace non temporaire, mais reproductible. Israël cause des dommages, et l’aide russe réduit le temps nécessaire à Téhéran pour se rétablir.

Pourquoi Moscou n’intervient pas ouvertement, mais joue quand même contre Israël

Le Kremlin ne s’engage pas encore dans un lien militaire direct avec l’Iran selon le modèle d’une alliance défensive complète. La raison, selon le texte, n’est pas tant la bonne volonté que le manque de ressources. Presque toutes les capacités russes sont absorbées par la guerre contre l’Ukraine, et l’infrastructure pétrolière et d’exportation de la Russie reste vulnérable. Mais l’absence d’intervention ouverte ne doit pas créer une fausse impression de sécurité. Moscou aide déjà suffisamment pour renforcer le potentiel iranien sans s’exposer à un coup direct.

C’est là que réside l’erreur clé de nombreux observateurs : ils attendent de la Russie des gestes symboliques bruyants, alors que la menace réelle grandit en mode silencieux — à travers des données satellitaires, des chaînes de production, des solutions d’ingénierie, de la formation et de la coordination politique.

C’est pourquoi il est si important pour les lecteurs en Israël de percevoir ce processus non comme un ensemble de nouvelles disparates, mais comme une image stratégique unifiée. НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency a souvent attiré l’attention sur le fait que la guerre en Ukraine, la pression au Moyen-Orient et le renforcement des proxies iraniens s’entrelacent de plus en plus dans une crise de sécurité commune, où les événements à Kharkiv, Téhéran et dans le nord d’Israël ne peuvent plus être considérés séparément les uns des autres.

Ce que cela signifie pour Israël, l’Ukraine et l’Occident

Poutine a intérêt à ce que les États-Unis s’enlisent au Moyen-Orient

Le texte a exprimé une idée importante : le scénario idéal pour Poutine est l’implication maximale des États-Unis dans la crise iranienne. Si Washington dépense des ressources, de l’attention et de l’énergie politique au Moyen-Orient, Moscou aura plus d’espace pour faire pression sur l’Ukraine et continuer à faire chanter l’Europe. Dans ce contexte, les prix élevés du pétrole deviennent pour le Kremlin un autre bonus, permettant de compenser partiellement les problèmes économiques.

Cela signifie que pour Israël, la question de l’alliance russo-iranienne ne peut être réduite à la seule sécurité locale. Il y a un contexte plus large ici. L’affaiblissement de l’Ukraine est bénéfique pour l’Iran. L’enlisement des États-Unis au Moyen-Orient est bénéfique pour la Russie. L’affaiblissement de la coalition occidentale est bénéfique pour les deux régimes.

Israël devra revoir l’ancien modèle de prudence vis-à-vis de Moscou

L’interlocuteur indique clairement : Israël doit faire tout son possible pour que la Russie n’aide pas l’Iran, tout en faisant comprendre que l’État juif dispose de capacités technologiques et militaro-industrielles qui peuvent être sensibles pour la Russie elle-même. Cette idée résonne particulièrement fortement dans le contexte de la prudence israélienne de longue date, où une partie des élites partait du principe que les relations avec Moscou devaient être maintenues à tout prix en raison de sa capacité potentielle à nuire.

Aujourd’hui, cette logique semble de moins en moins fiable. Si la Russie est déjà intégrée dans l’axe anti-occidental avec l’Iran, la Chine et la Corée du Nord, miser sur un dialogue mesuré sans révision de la stratégie peut ne pas être une protection, mais une forme d’auto-apaisement.

La chute de l’Ukraine serait une mauvaise nouvelle pour Israël

L’une des lignes les plus fortes du texte est le lien étroit entre le sort de l’Ukraine et la sécurité future d’Israël. Arcadi Mil-Man dit en substance que la défaite de l’Ukraine renforcerait la Russie en tant que partenaire de l’Iran et donnerait au Kremlin de nouvelles opportunités pour une politique expansionniste. À l’inverse, l’affaiblissement de la Russie réduirait sa capacité à alimenter la menace iranienne.

Pour le public israélien, c’est une conclusion inconfortable mais importante. Le soutien à l’Ukraine n’est plus seulement une question de morale, de diplomatie ou de relations avec l’Occident. C’est aussi une question de sécurité nationale à long terme pour Israël lui-même.

L’alliance de Moscou et de Téhéran montre que les anciennes distances géographiques ne fonctionnent plus. Un drone assemblé avec une base iranienne et une amélioration russe peut faire partie de la menace contre Israël. Le jeu politique du Kremlin contre l’Ukraine peut demain se traduire par une nouvelle vague de tensions au Moyen-Orient. Et plus tôt cela sera compris à Jérusalem, plus il y aura de chances de construire une stratégie où il ne sera pas nécessaire de rattraper les événements.