Le 24 février, la guerre à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine franchira le cap de la cinquième année. Le conflit ressemble de moins en moins à une campagne de manœuvres et de plus en plus à une compétition d’endurance épuisante. Qui s’adaptera le plus rapidement. Qui a le plus de réserves – humaines, technologiques, économiques. Et qui résistera le plus longtemps à la pression.
Cette logique de développement de la guerre en 2026 est analysée par l’expert militaire américain Michael Kofman dans un article pour Foreign Affairs le 16 février 2026. Le chercheur de la Fondation Carnegie pour la paix internationale examine la stratégie de Moscou et de Kiev sans évaluations émotionnelles – comme une confrontation de ressources et de décisions de gestion.
Stratégies des parties : pari sur l’épuisement
Ukraine : rendre la guerre trop coûteuse
Selon Kofman, Kiev construit sa stratégie autour de l’idée de rendre la guerre aussi coûteuse que possible pour le Kremlin. Il ne s’agit pas seulement de la ligne de front. L’Ukraine cherche simultanément à limiter ses propres pertes territoriales, à augmenter les pertes russes à un niveau difficile à compenser, et à frapper les vulnérabilités économiques – principalement dans le secteur énergétique.
La logique est simple : si le coût financier et militaire devient inacceptable, Moscou devra ajuster ses positions de négociation.
Dans ce contexte, les frappes sur les infrastructures, les opérations contre la « flotte fantôme » russe, ainsi que les actions en mer Noire prennent une importance particulière. Les théâtres maritime et aérien en 2025 sont devenus des plateformes pour démontrer de nouvelles formes de pression.
Russie : pression sur le front et pari sur la fatigue
Moscou agit différemment. Le pari est mis sur une pression frontale constante, un « grignotage » progressif des défenses par de petits groupes d’assaut et des frappes sur les infrastructures ukrainiennes. Le Kremlin espérait que la pression militaire saperait la résilience de la défense et que la fatigue diplomatique affaiblirait le soutien occidental à Kiev.
Cependant, selon Kofman, aucun de ces paris n’a apporté de tournant stratégique. L’avancée reste lente et extrêmement coûteuse. À la fin de 2025, les pertes irréversibles ont commencé à dépasser le recrutement mensuel de nouvelles recrues.
Cela ne signifie pas que Moscou manque de ressources. Mais en maintenant le niveau actuel de pertes, l’intensité de l’offensive en 2026 pourrait être réduite, ou le nombre de directions actives pourrait être diminué.
Front sans percée : offensive sans victoire
Armée russe : avancée sans résultat stratégique
Les troupes russes continuent de faire pression sur toute la ligne de contact. Les adaptations tactiques – utilisation de petits groupes, manœuvres de contournement, épuisement progressif des défenses – donnent des résultats territoriaux locaux.
Cependant, il n’y a pas de tournant stratégique.
Le coût de chaque kilomètre reste élevé. L’objectif politique – forcer Kiev à capituler ou à changer de cap – ne se rapproche pas. Les gains territoriaux ne se transforment pas en avantage diplomatique.
Ukraine : défense sans défaite
Du côté ukrainien, la situation est également loin d’être triomphante. Les épisodes de contre-offensive, y compris les opérations dans la région de Koupiansk, démontrent la flexibilité de la tactique et l’utilisation active des technologies.
Les systèmes sans pilote compensent partiellement le manque de personnel. Mais la guerre des drones n’annule pas le besoin d’hommes. Les unités se fatiguent. La rotation sur les sections difficiles du front est compliquée. Il est plus difficile de remplacer les spécialistes des drones – leur formation nécessite du temps et des ressources.
De plus, il reste des défis de gestion : la formation de nouvelles unités en cas de pénurie d’officiers et de matériel, ainsi qu’une politique stricte de maintien des positions, qui crée parfois des risques d’encerclement.
Comme le souligne НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency, en 2026, la tâche clé de Kiev sera non seulement de maintenir la ligne de front, mais aussi de stabiliser la ressource humaine de l’armée, sans quoi même l’avantage technologique ne donne pas d’effet durable.
2026 : où un tournant est possible
Kofman indique qu’un tournant n’est possible que si l’Ukraine parvient à étendre son contrôle au-delà de la ligne de front immédiate et à reprendre l’avantage dans le domaine des frappes de drones à longue distance. Actuellement, la Russie domine à une distance de plus de 30 kilomètres, ce qui crée une asymétrie.
Un facteur supplémentaire reste la dépendance au soutien occidental – renseignements, technologies, armements. En même temps, il est nécessaire d’intensifier la pression économique sur Moscou.
Du côté russe, les calculs politiques sur l’affaiblissement des États-Unis et de l’Europe ne se sont pas encore concrétisés. Le format de l’aide a été adapté, les pays européens ont pris en charge une plus grande part du financement.
La guerre entre dans une phase où même de petits changements peuvent provoquer une réaction en chaîne. Les restrictions d’accès aux communications par satellite influencent déjà la gestion tactique et l’utilisation des drones.
La question principale reste la même : qu’est-ce qui sera le plus résistant – l’offensive russe ou la défense ukrainienne.
Selon Kofman, l’Ukraine est fatiguée, mais pas brisée. Et le Kremlin conserve un problème structurel – un décalage entre les capacités militaires et les objectifs politiques.
L’année 2026 ne promet pas une fin rapide du conflit. Elle sera plutôt un test de la durabilité des ressources – matérielles, technologiques et morales.
