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L’intelligence israélienne est depuis longtemps devenue une partie du mythe politique mondial. Le Mossad est souvent évoqué comme une force presque abstraite — sans visages, sans biographies, sans passé. Cependant, toute institution a une dimension humaine. Si l’on examine attentivement l’histoire de la direction du Mossad, surtout dans la seconde moitié du XXe siècle et au début du XXIe siècle, il devient évident que les étapes clés de la formation et du renforcement de l’intelligence israélienne sont liées à des personnes dont les racines plongent en Ukraine.

Il ne s’agit pas de l’influence des États ni d’un contrôle extérieur. Il s’agit de personnes formées par l’expérience de la vie juive à Odessa, Kharkiv, Kherson — des villes où la sécurité n’a jamais été garantie et où la capacité de survivre est devenue une partie de la culture quotidienne. Cette expérience s’est avérée précieuse au moment où le jeune État d’Israël avait besoin non seulement d’une intelligence, mais d’un système de survie. C’est ce qu’a souligné Valeriy Boyanju dans «La vie d’Odessa».

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La réalité juive ukrainienne comme facteur de pensée

Juifs d'Ukraine : comment les émigrés d'Ukraine ont formé le "Mossad" - la trace ukrainienne dans l'intelligence israélienne
Juifs d’Ukraine : comment les émigrés d’Ukraine ont formé le « Mossad » – la trace ukrainienne dans l’intelligence israélienne

L’Ukraine juive de la fin du XIXe et de la première moitié du XXe siècle était un espace de risque constant. Pogroms, révolutions, changement d’empires, guerre civile, répressions staliniennes, occupation nazie — tout cela ne sont pas des chapitres abstraits de manuels, mais la mémoire personnelle de milliers de familles. Pour ces personnes, l’État était rarement une source de protection. Plus souvent — une source de menace ou, au mieux, d’indifférence.

C’est dans un tel environnement qu’un type de pensée s’est formé, basé sur trois principes : ne pas faire confiance aux déclarations, vérifier la réalité et agir à l’avance. Cette approche est devenue plus tard l’une des bases tacites du système de sécurité israélien.

Le Mossad comme produit non seulement de l’État, mais aussi de la diaspora

Officiellement, le Mossad a été créé en 1949, après la proclamation de l’indépendance d’Israël. À ses débuts, c’était une structure compacte avec des ressources limitées. Cependant, il s’est rapidement appuyé sur des personnes ayant une expérience de la lutte clandestine, du renseignement militaire et de la vie dans des conditions de menace constante.

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Les émigrés d’Europe de l’Est, y compris d’Ukraine, se sont intégrés naturellement dans cette logique. Ils ne percevaient pas la sécurité comme quelque chose de donné. Pour eux, elle a toujours été un processus, et non un état.

Meir Amit (1963–1968) : racines de Kharkiv et transformation systémique

Meir Amit (héb. מאיר עמית‏‎‎‎‎‎‎‎, né Meir Haimovich Slutsky) a dirigé le Mossad de 1963 à 1968, à une époque où le renseignement israélien passait de l’étape de formation à celle de maturité institutionnelle. Bien qu’Amit soit né en Israël, ses parents étaient originaires de Kharkiv — l’un des plus grands centres intellectuels juifs d’Europe de l’Est.

Article dans la Wikipédia ukrainienne – Meïr Amit.

Dans les biographies anglophones, il est régulièrement mentionné qu’il est le cousin du poète Boris Slutsky, et que Slutsky a grandi/s’est formé à Kharkiv (cela concerne le poète).

Ce contexte s’est reflété dans son style de gestion. Amit était opposé à l’improvisation pour le héroïsme. Il insistait sur l’analyse, la structuration des données et la planification stratégique. C’est sous sa direction que le Mossad est devenu non seulement un ensemble d’opérations, mais une partie intégrante de l’architecture de la sécurité nationale.

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Pendant ses années de direction, le renseignement a joué un rôle clé dans la préparation de la guerre des Six Jours. Après avoir quitté son poste, Amit n’a pas disparu de la vie publique : il est devenu député à la Knesset, a participé à des projets économiques et technologiques, y compris dans les télécommunications et l’industrie de la défense. Cela souligne un détail important : pour cette génération, le renseignement n’était pas une profession isolée, mais une partie de la pensée étatique globale.

Itzhak Hofi (1974–1982) : pragmatisme d’Odessa à l’époque de la crise

Itzhak Hofi (héb. יצחק חופי, nom de naissance Itzhak Poberesky) a dirigé le Mossad de 1974 à 1982 — l’une des périodes les plus difficiles de l’histoire d’Israël. Sa direction a coïncidé avec l’après-guerre de Kippour, la montée du terrorisme international et le renforcement des menaces au-delà du Moyen-Orient.

Article dans la Wikipédia ukrainienne – Іцхак Хофі.

Hofi est né en Palestine mandataire, mais ses parents ont émigré d’Odessa. L’environnement juif d’Odessa a toujours combiné ironie, prudence et réalisme dur. Ce code culturel s’est reflété dans son style de gestion.

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Hofi évitait la publicité et considérait que la meilleure opération était celle dont ni les journalistes ni les politiciens n’étaient au courant. Sous sa direction, le Mossad a considérablement élargi ses réseaux d’agents internationaux et renforcé sa capacité à agir au-delà de la région, y compris en Europe et sur d’autres continents.

Meir Dagan (2002–2011) : Kherson, Holocauste et refus des illusions

La figure la plus connue avec des racines ukrainiennes est Meir Dagan (né Guberman, dans une autre transcription Huberman), qui a dirigé le Mossad de 2002 à 2011. Il est né à Kherson en 1945 dans une famille ayant survécu à l’occupation nazie. (dans certaines sources, 1947 est indiqué ; Odessa est également mentionnée comme lieu de naissance de Dagan).

Son grand-père a été tué pendant l’Holocauste, et cette tragédie familiale est devenue une partie de sa vision du monde.

Article dans la Wikipédia ukrainienne – Meïr Dagan.

Dagan est venu au renseignement depuis l’armée, a traversé les guerres clés d’Israël et s’est forgé une réputation de personne ne croyant pas à la « bonne volonté » de l’adversaire. Dans son bureau, une photo d’un parent décédé a été conservée pendant de nombreuses années — non pas comme un symbole de vengeance, mais comme un rappel du prix des erreurs stratégiques.

Sous Dagan, le Mossad s’est concentré sur des actions préventives contre les menaces stratégiques, y compris les programmes nucléaires des adversaires d’Israël. Il s’est systématiquement opposé aux illusions de pacification diplomatique et considérait que le renseignement devait prévenir les menaces avant qu’elles ne deviennent l’objet de discussions publiques.

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Derrière cette image dure se cachait une personne avec des intérêts inattendus. Dagan s’intéressait à la peinture et à la sculpture, était végétarien et appréciait la pensée non conventionnelle. Cette combinaison de réflexion intérieure et de dureté stratégique faisait de lui l’une des figures les plus contradictoires de l’histoire du renseignement israélien.

Denominateur commun : expérience de l’instabilité

Ce qui unit ces personnes, ce n’est pas la géographie en tant que telle, mais l’expérience de la vie dans des conditions d’instabilité, caractéristique de l’Ukraine juive. Cette expérience a formé plusieurs principes clés qui sont devenus plus tard la base de la culture du renseignement israélien :

une méfiance absolue envers les déclarations sans confirmation ;
la volonté d’agir dans des conditions d’incertitude ;
la compréhension que la faiblesse de l’État est toujours perçue comme une invitation à l’agression ;
l’orientation vers la survie à long terme, plutôt que le confort politique à court terme.

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Mythes autour de la « trace ukrainienne »

Ces dernières années, le thème des racines ukrainiennes des dirigeants du Mossad est souvent utilisé à des fins de propagande. C’est une déformation de la réalité. Le Mossad a toujours été et reste un instrument de l’État israélien, soumis à ses lois et à sa direction politique.

Les racines ukrainiennes de ses dirigeants font partie de l’histoire de la diaspora juive, tout comme les racines polonaises, lituaniennes, allemandes ou irakiennes. Les tentatives de transformer ce fait en une sensation politique ne font que simplifier l’histoire complexe et tragique du XXe siècle.

Pourquoi c’est important aujourd’hui

Dans le contexte de la guerre continue en Ukraine et du conflit prolongé autour d’Israël, le contexte historique prend une nouvelle signification. Les Juifs ukrainiens ne sont pas un « pont d’influence » ni un outil politique. Ils sont une partie du tissu historique commun, où se sont entremêlées les destinées de l’Ukraine, d’Israël et du peuple juif.

Comprendre cela permet de mieux voir la logique de la sécurité israélienne — une logique formée non par des doctrines abstraites, mais par une expérience réelle de pertes, de fuite et de survie.

Au lieu d’un point final

L’histoire du Mossad est celle de personnes concrètes qui ont apporté non seulement des compétences professionnelles, mais aussi une mémoire personnelle de ce qui se passe lorsque la sécurité est sous-estimée. La trace juive ukrainienne dans cette histoire n’est ni une sensation ni un argument dans les débats politiques.

C’est un rappel que d’Odessa, Kharkiv et Kherson, le chemin menait parfois non seulement à l’émigration, mais aussi au cœur du système responsable de la survie de l’État.

Rubrique : «Juifs d’Ukraine» | NAnouvelles – nouvelles d’Israël

Евреи из Украины: как выходцы из Украины формировали "Моссад" - украинский след в израильской разведке
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