À Lviv, il y a encore des maisons que les touristes photographient comme une «carte postale de la ville», sans toujours savoir qui les a conçues et pour qui elles ont été construites.
À la charnière des XIXe et XXe siècles, des architectes et commanditaires juifs travaillaient dans la ville. Leur contribution est visible non pas dans une seule «légende», mais à des adresses, des dates et des styles concrets — du modernisme rationnel à la sécession.
Puis vint l’année 1941, et la discussion sur les façades se heurte inévitablement à autre chose : une communauté presque disparue et de petites traces sur les montants de porte, qui parfois parlent plus fort que n’importe quelle dispute.
Lviv du début du XXe siècle : quand les noms se lisent sur la carte
Lviv n’a jamais été «d’une seule couleur». Elle a changé avec les États et les administrations, mais le tissu urbain — quartiers, immeubles de rapport, bâtiments de bienfaisance — a grandi selon une logique pratique de l’époque.
Et dans cette logique, les noms juifs sont visibles : architectes, propriétaires, bienfaiteurs, professionnels qui travaillaient dans le rythme urbain commun.
Angélovitcha, 28 : 1909 et la Maison académique juive
Le bâtiment à l’adresse Angélovitcha, 28 a été érigé en 1909. Les documents à son sujet mentionnent l’architecte juif Józef Awin et Alfred Zachariewicz.
Ici se trouvait la Maison académique juive. C’est un détail important : il ne s’agit pas de «présence à côté», mais d’institutions — d’un lieu où l’on étudiait, débattait, lisait, construisait sa carrière urbaine.
1913 : asile pour les veuves des commerçants juifs et projet de Ferdinand (Feiwel) Kassler
En 1913, un asile pour les veuves des commerçants juifs de la fondation Jakub Sztrog a été érigé à proximité — selon le projet de Ferdinand (Feiwel) Kassler.
Ces bâtiments apparaissent rarement sur les cartes postales, mais ce sont eux qui montrent l’organisation interne de la ville : charité, fonds communautaires, infrastructure sociale quotidienne qui maintient les gens à flot.
Rue Bandera : immeubles de rapport, modernisme rationnel et sécession
L’immeuble de rapport au 69, rue Bandera a été conçu par l’architecte juif Leopold Reiss.
La maison du côté pair, 24, rue Bandera a été conçue par Ferdinand (Feiwel) Kassler. Elle a été érigée en 1913 à la demande du juif Berl Finkler et est connue comme un exemple de modernisme rationnel — oriel jumelé, interprétation grotesque de l’ordre classique, bas-reliefs originaux. Ce sont précisément ces détails qui composent le «beau Lviv» que les guides touristiques vendent aujourd’hui.
Trois autres maisons de sécession — 35, 37 et 39, rue Bandera — ont été construites selon le projet de l’architecte juif Jakub Solomon Kroch. Dans l’histoire de ce complexe, il y a un détail révélateur : l’architecte était une personne aisée et propriétaire de tout le complexe.
C’est pourquoi НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency dans de telles histoires mise sur des faits vérifiables : pas sur la dispute «à qui appartient la ville», mais sur une chaîne de faits — adresse, année, nom, contexte.
Autres noms : Rimer, Kalmus, Silberstein
Dans l’histoire de l’architecture de Lviv, d’autres architectes sont mentionnés — Salomon Rimer, Daniel Kalmus, Maurycy Silberstein et d’autres.
Ils travaillaient dans le modernisme, la Renaissance, l’historicisme — et ce sont ces styles qui sont aujourd’hui perçus comme la «beauté de Lviv». La ville se souvient d’eux non pas par des slogans, mais par des façades.
La communauté juive de Lviv : jusqu’à un tiers des habitants — et presque une destruction totale
Pendant l’entre-deux-guerres, les Juifs constituaient une part importante de la population de Lviv — les estimations mentionnent une proportion allant jusqu’à un tiers des habitants.
C’étaient des médecins, des avocats, des professeurs, des industriels, des architectes. Les mots «construisaient», «soignaient», «enseignaient», «écrivaient» dans un tel contexte cessent d’être pompeux — c’est une description des professions et de la vie urbaine réelle.
Ensuite, dans la chronologie, vient l’année 1941.
Pogroms.
Ghetto.
Camp de Janowska.
Dans le récit sur Lviv, il est impossible d’ignorer l’évaluation souvent répétée dans la mémoire familiale et communautaire : environ 99 % des Juifs de Lviv ont été tués. Même si le lecteur aborde les chiffres avec prudence, le sens reste le même — la communauté a été presque entièrement détruite, et la ville est restée avec un vide qui n’est pas visible sur les photos touristiques.
Traces de mezouzah et vers qui ramène la mémoire à la voix
Il y a un signe que l’on ne remarque pas immédiatement : sur les anciens montants de porte dans certaines maisons, il reste des traces de mezouzah.
Une petite marque, parfois juste une autre teinte de bois ou de pierre. Mais elle fonctionne comme un document sans sceau — ici, on vivait. Ici, il y avait la foi et la vie quotidienne. Ici, on touchait autrefois le montant de la main «pour le bonheur», sans penser que cela deviendrait une preuve du temps.
À la fin d’un tel récit, un point fort n’est pas nécessaire.
Il suffit de comprendre : la question «et vous avez construit Lviv ?» sonne différemment si l’on se souvient non seulement des façades, mais aussi de ceux qui ont été effacés de cette ville par la force.
