Le diplomate ukrainien et expert de la Fondation «Initiatives démocratiques» du nom d’Ilko Koutcheryva Vladimir Lakomov dans une chronique pour «L’Ukraine littéraire» propose une thèse controversée mais compréhensible : l’expérience coloniale de l’Europe de l’Est ne peut être décrite uniquement avec le langage des empires «classiques» de la modernité.
Au centre de son argument se trouve l’idée de «colonialisme à l’envers» : un modèle dans lequel le colonisateur apparaissait historiquement moins développé sur le plan institutionnel et culturel que les territoires colonisés.
«Colonialisme à l’envers» : l’Ukraine comme miroir du colonisateur

Pas une périphérie, mais une source de modernité
Dans le texte de Lakomov, l’Ukraine (comme les pays baltes, la Pologne, la Finlande) est décrite non pas comme une périphérie culturelle de l’empire, mais comme un espace avec des pratiques plus élevées d’autogestion, d’économie et d’éducation par rapport à la Russie «profonde».
Cette asymétrie, selon l’auteur, rend le colonialisme est-européen «inversé» : le centre obtient le contrôle, mais n’apporte pas la modernisation — il l’emprunte, la supprime et l’approprie.
La formule est dure.
Mais c’est précisément sur de telles formulations que l’auteur construit l’explication de pourquoi le conflit autour de l’Ukraine n’est pas seulement une lutte pour le territoire, mais un débat sur le droit d’être une alternative au centre impérial.
La Horde comme «état de contrôle» initial
Lakomov retrace la généalogie de ce modèle à la Horde d’Or, la décrivant non seulement comme une force militaire, mais comme un système de gestion basé sur trois éléments :
tribut et extraction de ressources,
soumission des élites locales par la dépendance et les conflits internes,
sacralisation du pouvoir du dirigeant «hors la loi».
Dans cette logique, l’État fonctionne comme une armée et un mécanisme fiscal, et non comme un projet de développement.
Ce point de vue est nécessaire à l’auteur pour parler ensuite de la Russie comme héritière non pas des pratiques impériales «européennes», mais de la matrice de la Horde.
La matrice de la Horde dans le modèle politique russe
Centralisation comme culte, verticalité comme habitude
La chronique trace une ligne de la Horde à la Moscovie, puis à l’Empire russe et à l’URSS — et ensuite à la Russie moderne. Pas comme une «copie» historique directe, mais comme un schéma reproductible : le dirigeant est déclaré source de la loi et de la morale, et l’État existe comme une verticalité de soumission.
Pour Lakomov, ce n’est pas simplement du journalisme sur «l’autoritarisme».
C’est une tentative d’expliquer la stabilité du système par une habitude historique : le pouvoir ne se limite pas aux institutions, il les surpasse.
Armée et «tribut» comme instruments de gestion
La deuxième connexion — exploitation et militarisation.
L’auteur décrit un modèle où l’armée est nécessaire non seulement pour l’expansion extérieure, mais aussi pour le contrôle interne. Et les régions et territoires dépendants sont perçus comme une source de ressources : personnes, argent, matières premières, loyauté.
Ce motif dans le texte est délibérément tiré du passé au présent — comme une explication de pourquoi la politique impériale se répète «géographie après géographie», indépendamment de l’époque.
À cet endroit, la rédaction de NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency souligne un point important pour le lecteur en Israël : de tels cadres historiques dans le débat ukrainien sont souvent utilisés non pas pour l’académisme, mais comme un langage de mobilisation — pour expliquer pourquoi le compromis avec le projet impérial est perçu à Kiev comme une pause dangereuse, et non comme une paix.
Isolation et idéologie de la «voie spéciale»
Un autre élément que Lakomov associe à l’héritage de la Horde est l’isolement civilisationnel : opposition à l’Occident, méfiance envers le droit et les libertés, priorité de la «force» sur les règles.
Dans sa description, l’idéologie du «monde russe» apparaît comme un hybride — sacralisation du pouvoir plus centralisme plus rejet de l’individualisme moderne. Pas par hasard, mais comme une construction répétée.
La chronique ne débat pas avec les opposants et ne cherche pas à être «douce».
Elle constate : les empires ne disparaissent pas — ils changent de langage et d’emballage.
Ukraine, Israël et le Sud global : où émerge une intrigue commune
Pourquoi cela se lit plus largement qu’une «guerre européenne»
L’une des lignes fortes du texte est la tentative de «traduire» l’expérience ukrainienne dans un langage compréhensible pour les pays d’Afrique et d’Asie : l’Ukraine est formellement européenne, mais son expérience historique, selon l’auteur, est coloniale.
Pas la Grande-Bretagne ni la France, mais un empire issu du type de contrôle de la Horde.
Dans ce cadre, l’idée de solidarité apparaît : entre ceux qui ont vécu le colonialisme comme une modernisation, et ceux qui l’ont vécu comme une dégradation — destruction des institutions, extraction des ressources, suppression de la subjectivité.
Pour Israël, il y a un intérêt particulier : le pays vit dans une région où les modèles de comportement «impériaux» reviennent constamment sous une nouvelle forme — à travers des proxys, des idéologies, des chaînes d’influence militaire. Et c’est pourquoi toutes les explications compréhensibles deviennent rapidement partie du débat public, même si elles sont controversées.
La mémoire comme élément de résistance politique
La pensée finale de Lakomov tourne autour de la mémoire.
Pas comme un sujet muséal, mais comme un outil pratique : si l’empire sait se transformer, alors la résistance commence par la reconnaissance des mécanismes familiers — verticalité, sacralisation, «droit de la force», langage colonial.
Dans cette construction, l’Ukraine est montrée non seulement comme un objet de pression, mais comme un «miroir» dans lequel le colonisateur voit son propre modèle — et tente donc de détruire l’alternative.
Le texte laisse une question ouverte, qui est probablement la principale : si la matrice de la Horde est vraiment reproduite depuis des siècles, où se situe la frontière entre la réforme du projet impérial et son énième camouflage — et qui dans le monde est prêt à nommer cette frontière à haute voix.
