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L’historien Alexandre Alfiorov – depuis le début de l’invasion à grande échelle de la Russie — officier des Forces armées de l’Ukraine, a servi dans les unités des Forces spéciales «Azov-Kiev» et de la 3e brigade d’assaut séparée. Il a le grade de major de réserve des Forces armées ukrainiennes. Depuis le 27 juin 2025directeur de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale.

Le nom de Kiev dans l’imaginaire collectif est presque indissociablement lié à la figure légendaire de Kyi. Cette version, consignée dans la « Chronique des temps passés », est depuis longtemps devenue une partie du canon scolaire et du mythe national.

Mais l’ancien Kiev, selon les sources du Xe siècle, avait un autre nom — rare, mystérieux et pratiquement disparu de la mémoire historique. Ce nom est Sambatas. Et c’est précisément autour de lui qu’aujourd’hui se mène une discussion complexe et sous-estimée sur l’histoire ancienne de la ville.

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Sambatas, la rivière Sambation et Kiev

L’existence du second nom a été rappelée par l’historien Alexandre Alfiorov, en analysant des sources byzantines rarement citées en dehors du milieu académique. Ses conclusions ne reposent pas sur des chroniques tardives, mais sur le témoignage direct d’un contemporain des événements.

Il s’agit du traité «Sur l’administration de l’empire», créé en 948 par l’empereur byzantin Constantin Porphyrogénète. Dans ce texte, Kiev est nommé capitale de la Rus’ — et en même temps, son deuxième nom est indiqué : Sambatas.

Cette mention est unique. Ni dans les chroniques byzantines ultérieures, ni dans les chroniques russes anciennes, ni dans les sources d’Europe occidentale, Sambatas n’apparaît plus. Les historiens ne disposent ni de textes parallèles ni de découvertes archéologiques qui confirmeraient ou infirmeraient directement ce nom.

C’est précisément cette singularité de la source qui rend Sambatas particulièrement important.

Les chercheurs ne sont pas simplement confrontés à un nom alternatif de la ville, mais à la trace d’une couche disparue de réalité historique — peut-être liée à une autre langue, une autre culture ou un autre cercle de contacts.

L’origine du mot Sambatas reste sujette à débat. Aucune version n’est reconnue comme définitive, mais chacune d’elles reflète un certain contexte historique de la région.

L’interprétation turque associe Sambatas à la notion de « forteresse élevée » ou d’élévation fortifiée. Cette interprétation semble logique du point de vue de la géographie de Kiev et du rôle de la ville en tant que centre défensif.

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La version scandinave part d’une possible origine de sand-bakki — « banc de sable » ou « rive ». Elle s’intègre bien dans la représentation du Dniepr comme voie commerciale clé et de la présence des Varègues dans la région.

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L’hypothèse gothique propose de lire Sambatas comme « lieu de rassemblement des bateaux », soulignant la fonction de transport et militaire de la ville. La version balte, à son tour, interprète le nom comme « construction au bord » ou « maison sur un promontoire », en s’appuyant sur des parallèles phonétiques.

Une place particulière dans cette série est occupée par l’interprétation juive. Elle associe Sambatas à la rivière mythique Sambation, connue des textes judaïques anciens. Selon ces sources, le Sambation est une rivière derrière laquelle se trouveraient prétendument les « tribus perdues d’Israël », et qui coule tumultueusement six jours par semaine, mais s’arrête le shabbat.

Cette version ne suppose pas une identification littérale de Kiev avec le mythe biblique. Cependant, elle indique de possibles contacts culturels et intellectuels de la région au début du Moyen Âge, y compris la présence de communautés juives, de commerçants et d’intermédiaires dont les représentations pourraient se refléter dans les noms géographiques.

Il est important de souligner : aucune des hypothèses n’a d’avantage décisif. Sambatas reste une énigme linguistique et historique, dont la signification ne peut être réduite à un seul peuple ou une seule langue.

Selon Alfiorov, le simple fait de l’existence d’un tel nom témoigne de l’identité multicouche du Kiev ancien. La ville s’est formée à l’intersection des routes commerciales, des zones culturelles et des traditions religieuses, et son histoire ne peut être expliquée par une seule version chronologique.

L’histoire de Sambatas est un rappel que le passé de Kiev est bien plus complexe que les schémas habituels. Derrière le nom connu se cachent des couches de significations oubliées qui nécessitent encore d’être comprises — ce à quoi s’attelle régulièrement NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency.

Sambation : où il est mentionné, comment il est décrit et ce que cela signifiait

Sambation — une rivière mythologique, connue des sources judaïques, antiques et médiévales. Elle n’a jamais été considérée comme un objet géographique réel et dans tous les textes, elle remplit la fonction de frontière symbolique, et non de rivière au sens littéral.

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Dans les sources judaïques, le Sambation est mentionné dans le Talmud de Babylone, traité Sanhedrin 65b. Il y est dit que « les dix tribus perdues d’Israël » se trouvent au-delà de la rivière Sambation. Le contexte est une discussion sur les frontières du monde habité et le sort des tribus exilées, et non une description d’un lieu spécifique.

La tradition midrashique (y compris Bereshit Rabba et les textes aggadiques tardifs) décrit en détail les propriétés de la rivière. Selon ces textes, le Sambation :

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  • bouillonne, projette des pierres, du sable et de la poussière six jours par semaine ;
  • s’arrête complètement le shabbat ;
  • reste néanmoins infranchissable, car la traversée le shabbat est interdite par la loi religieuse.

Ainsi, le Sambation devient une double frontière — physique et religieuse, qu’il est impossible de franchir ni par la force, ni par l’observance de la loi.

Dans la tradition antique, le Sambation est mentionné par Flavius Josèphe dans son ouvrage « La Guerre des Juifs » (livre VII). Il décrit une rivière qui projette des pierres et devient calme le septième jour. Chez Flavius, le Sambation figure comme une partie des représentations des terres orientales lointaines et n’a pas de localisation précise.

Dans les textes byzantins et latins médiévaux, le Sambation est inclus dans les œuvres encyclopédiques et chroniques comme un élément de la « géographie merveilleuse de l’Orient ». Ici, il n’est plus directement lié à la polémique religieuse, mais apparaît comme une image héritée de la tradition juive.

L’écriture du terme dépend de la langue de la source :

  • hébreu — סמבטיון (Sambation) ;
  • grec — Σαμβατίων (Sambatíon) ;
  • latin — Sambation, Sambatyon, Sabbatyon.

L’attachement géographique dans toutes les sources reste indéterminé. À différentes époques, le Sambation a été « placé » de manière conditionnelle :

  • en Mésopotamie,
  • en Asie centrale,
  • dans le Caucase,
  • au-delà de la mer Caspienne,
  • dans un « Orient » indéterminé.

Ces versions ne se contredisent pas, car le Sambation était compris non cartographiquement, mais cosmologiquement — comme une frontière entre le monde connu et l’espace de l’exil, entre le cours ordinaire du temps et le cycle religieux.

Conclusion : Le Sambation est une image mythologique persistante, présente dans plusieurs traditions à la fois. Aucune source ne le décrit comme une rivière réelle, mais toutes l’utilisent comme symbole de la limite, de l’attente du retour et de l’avenir messianique.

Alexandre Alfiorov

Nom complet — Alfiorov Alexandre Anatolievitch.

Historien ukrainien, docteur en histoire, animateur radio, personnalité publique et politique. Né le 30 novembre 1983 à Kiev (RSS d’Ukraine). De nationalité — ukrainien.

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Il est chercheur à l’Institut d’histoire de l’Ukraine de l’Académie nationale des sciences d’Ukraine, spécialisé dans l’histoire de l’Ukraine des XVIe–XVIIIe siècles, la sigillographie, la généalogie, l’histoire de la noblesse cosaque et des institutions historiques.

Il a terminé l’Université pédagogique nationale M. P. Drahomanov avec une spécialisation en « enseignant d’histoire, professeur de droit ». En 2012, il a soutenu sa thèse de doctorat sur le rôle de la famille noble cosaque Golub dans l’histoire de l’Ukraine.

Depuis 2008, il travaille comme animateur radio à la Radio ukrainienne « Culture », auteur et animateur de l’émission « Fresques historiques ». Il a également été animateur de télévision sur la chaîne publique UA: Culture.

Au fil des ans, il a occupé les postes de chercheur, porte-parole du député ukrainien Andriy Biletsky et chef du service de presse du régiment « Azov ».

Depuis le début de la guerre à grande échelle — officier des Forces armées de l’Ukraine, a servi dans les unités des Forces spéciales « Azov-Kiev » et de la 3e brigade d’assaut séparée. Il a le grade de major de réserve des Forces armées ukrainiennes.

Le 27 juin 2025, il a été nommé directeur de l’Institut ukrainien de la mémoire nationale.

Auteur de plus de 100 publications scientifiques, ainsi que de nombreux livres et catalogues consacrés à la sigillographie ukrainienne, à l’histoire cosaque, à la généalogie et aux sources d’archives. En 2009, il a découvert dans les archives russes une copie de la « Constitution de Pylyp Orlyk » en ancien ukrainien.

Décoré de l’ordre du Mérite de IIIe classe, de la distinction présidentielle « Pour participation à l’opération antiterroriste », de la médaille « Pour sacrifice et amour pour l’Ukraine » et de plusieurs prix professionnels.

"Самбатас и река Самбатион: забытое имя Киева, может связанное с древними иудаистскими текстами" - глава Украинского института национальной памяти
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