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Le 21 juin 2026, le publiciste et commentateur politique ukrainien Vitaliy Portnikov a publié un texte qui, pour le public israélien, ne sonne pas comme un commentaire sur la politique étrangère, mais comme un avertissement direct.

Son idée principale est simple mais douloureuse : un État qui fonde sa sécurité sur ses relations avec un seul leader, même si ce leader semble être l’allié le plus commode, se retrouve tôt ou tard dans une dépendance dangereuse.

Au centre du texte se trouvent Donald Trump, Israël, Ukraine, la politique de Benjamin Netanyahou et une question plus large : sur quoi les alliances doivent-elles reposer — sur des valeurs ou sur des intérêts ?

Portnikov écrit que pendant la campagne présidentielle aux États-Unis en 2024 et la première année de la nouvelle présidence de Trump, il a souvent dû débattre avec des connaissances américaines et israéliennes. Ils le persuadaient que la critique de Trump était uniquement liée à l’Ukraine — au refus du nouveau président américain de poursuivre l’ancienne ligne d’aide à Kiev.

Mais Portnikov lui-même l’explique autrement. Pour lui, le problème ne réside pas seulement en Ukraine. Le problème est que la politique, qui n’est pas fondée sur des valeurs mais sur des calculs personnels, peut changer à tout moment. Aujourd’hui, un tel leader semble avantageux pour Israël. Demain, il peut décider qu’il est plus avantageux de négocier avec ceux qui étaient encore considérés comme des ennemis hier.

Pour Israël, la question des relations avec les États-Unis a toujours été stratégique. L’Amérique reste le principal allié, la source de soutien diplomatique, de coopération militaire et de couverture politique sur la scène internationale.

Mais Portnikov attire l’attention non pas sur l’alliance elle-même avec les États-Unis, mais sur autre chose : ce n’est pas l’amitié avec l’Amérique qui est dangereuse, mais la transformation de cette amitié en un pari personnel sur un seul politicien.

Dans sa logique, Israël ne doit pas réduire son système de sécurité à ses relations avec un seul président américain. Surtout s’il s’agit d’un leader qui agit avant tout dans son propre intérêt, pour son avantage politique personnel et pour prouver sa force.

C’est ici que le texte devient important pour le débat interne israélien.

Lorsque les politiciens israéliens disent que Trump est le meilleur président pour Israël, cela peut sembler commode sur le moment. Mais si toute la stratégie repose sur l’attente qu’une personne à la Maison Blanche fera toujours exactement ce qu’on attend à Jérusalem, ce n’est plus une stratégie. C’est un pari.

Portnikov compare directement cette approche à un jeu de casino. Miser tout son argent sur un seul numéro peut rapporter, mais peut aussi tout faire perdre.

Portnikov établit un parallèle avec l’Ukraine.

Selon lui, l’Ukraine, après le changement de politique américaine, a été contrainte d’apprendre à survivre sans le niveau de soutien américain précédent. Cela n’a pas été possible par lui-même, mais parce que Kiev, après l’attaque russe, a commencé à construire un système complexe d’alliances.

L’Ukraine aurait pu agir autrement : tout miser sur Washington et se retrouver désemparée lorsque la politique américaine a changé. Mais la diplomatie ukrainienne et le système de défense ont progressivement cherché d’autres soutiens — alliances européennes, production propre, nouvelles solutions technologiques, coopération militaire avec différents partenaires.

Pour Israël, cet exemple est important non pas parce que la situation des deux pays est identique. Elle est différente.

L’Ukraine mène une guerre contre la Russie en Europe. Israël vit dans une autre réalité régionale, entouré d’autres menaces et a une autre histoire d’alliances. Mais il y a une leçon commune : un État ne doit pas permettre que sa sécurité dépende de l’humeur d’un seul centre de pouvoir extérieur.

La partie particulièrement forte du texte de Portnikov concerne l’histoire même d’Israël.

Il rappelle que l’État juif a toujours su créer des alliances de circonstance, passer d’un accord à un autre et agir de manière autonome lorsque l’allié devenait peu fiable.

C’est vraiment une idée importante.

Israël n’a pas été créé comme un territoire dépendant. Il est né comme un État national, capable de se défendre, de prendre des décisions et de ne pas attendre que quelqu’un à l’étranger lui permette de survivre.

C’est pourquoi, lorsque la politique israélienne commence à ressembler à cela, comme si le destin du pays dépendait de la décision d’un seul président américain, cela contredit l’idée même de l’indépendance israélienne.

Portnikov le formule durement : les Juifs qui veulent que leur avenir soit décidé par le président américain vivent aux États-Unis. Ceux qui veulent vivre dans un État national vivent en Israël — et ne doivent pas dépendre des caprices de la Maison Blanche.

Pour le lecteur israélien, ce n’est pas simplement une phrase politique. C’est une question de sionisme, de dignité nationale et de maturité stratégique.

Portnikov propose plusieurs conclusions.

La première — cesser de vivre dans l’illusion que Trump se « souviendra » nécessairement d’Israël, frappera l’Iran, répondra aux attentes de Netanyahou, Smotrich ou de toute autre force politique israélienne.

Oui, les circonstances peuvent faire que les États-Unis entrent à nouveau en conflit sévère avec l’Iran. Mais même dans ce cas, selon la logique de Portnikov, Trump poursuivra avant tout ses propres intérêts, puis prendra en compte ceux d’Israël.

La deuxième conclusion — Israël doit retrouver sa capacité à agir de manière autonome. Pas dans le sens de rompre avec les États-Unis. Pas dans le sens de renoncer à l’alliance avec l’Amérique. Mais dans le sens de comprendre que l’allié ne doit pas remplacer sa propre stratégie.

La troisième conclusion — Israël doit renforcer à nouveau les partenariats, fondés non seulement sur l’intérêt, mais aussi sur les valeurs.

C’est sans doute la partie la plus difficile du texte.

Portnikov dit que sans la réputation d’un État démocratique au Moyen-Orient, il sera plus difficile pour Israël de construire de nouvelles alliances. Un État qui veut que le monde reconnaisse son droit à exister doit lui-même maintenir une clarté morale et politique. Pas parce que cela sonne mieux dans les déclarations diplomatiques, mais parce que la réputation devient une partie de la sécurité.

Pour Israël, l’année 2026 est un moment de décisions difficiles.

Après la guerre, la pression régionale, les débats internes et la dépendance croissante au soutien extérieur, la société israélienne se demande de plus en plus : sur qui peut-on compter ?

La réponse « seulement sur les États-Unis » sonne familière, mais n’est plus suffisante. La réponse « seulement sur Trump » peut être dangereuse.

Les États-Unis restent le principal allié d’Israël. Cela ne change pas. Mais même le plus important des alliés ne doit pas devenir le seul soutien. Israël a besoin de ponts diplomatiques supplémentaires, d’un système de partenariats plus large, de travailler avec l’Europe, de contacts régionaux, d’une autonomie technologique et de défense, ainsi qu’une compréhension plus précise de l’expérience ukrainienne.

L’Ukraine a montré qu’un pays menacé ne peut pas se permettre le luxe d’attendre un seul sauveur. Israël non plus.

Le texte de Portnikov pose en fait à Israël une question qui va bien au-delà de la relation avec Donald Trump.

C’est une question de savoir quelle sera la stratégie de sécurité israélienne dans les années à venir.

Sera-t-elle fondée sur des liens personnels, des sympathies politiques et l’espoir que « notre homme » à Washington résoudra tout ?

Ou Israël reviendra-t-il à un modèle plus mature : une armée forte, des décisions autonomes, une alliance avec les États-Unis, mais pas une dépendance à un seul président ; un partenariat avec des pays démocratiques, mais sans illusions ; une politique régionale, mais sans renoncer à ses propres principes.

Portnikov n’écrit pas un texte contre l’alliance Israël-États-Unis. Au contraire, sa logique est différente : une véritable alliance ne doit pas se transformer en dépendance politique.

Parce que la dépendance n’est pas la sécurité. C’est une attente.

Et un État qui vit sous une menace constante ne peut pas se permettre de simplement attendre.

Pour Israël, la principale leçon de ce texte est la suivante : Les États-Unis sont importants, mais Israël ne peut pas être le projet d’un seul président américain. Le pays a besoin d’un système d’alliances, d’une stratégie propre et d’un retour à une politique où les valeurs ne sont pas une faiblesse, mais deviennent une partie de la force.