Le Hamas tente à nouveau de faire de la Russie un médiateur dans le conflit de Gaza. Mais pour Israël, Moscou ne semble pas être une partie neutre : la Russie accueille des représentants du Hamas, maintient des liens avec l’Iran et utilise la crise au Moyen-Orient pour son propre jeu politique.
Le Hamas a déclaré qu’Israël empêche la participation de la Russie aux négociations sur la bande de Gaza. C’est ce qu’a déclaré Moussa Abou Marzouk, vice-président du bureau politique du Hamas, dans une interview à l’agence russe RIA Novosti. Ses propos ont été tenus quelques jours après la visite d’une délégation du Hamas à Moscou, où les représentants du mouvement ont mené des négociations au ministère russe des Affaires étrangères.
Le principal détail de cette histoire est la formulation. Ce n’est pas Israël qui a officiellement annoncé une nouvelle position sur la Russie, mais c’est le Hamas qui affirme que la partie israélienne ne reconnaît pas Moscou comme médiateur. Il est donc correct de dire : Le Hamas a déclaré qu’Israël bloque la participation de la Russie, et non simplement : Israël a refusé la Russie.
Selon Moussa Abou Marzouk, la partie palestinienne aimerait voir la Russie parmi les médiateurs dans le conflit autour de Gaza. Il a déclaré que le Hamas a « constamment plaidé » pour un tel rôle de Moscou, mais qu’Israël, selon lui, « rejette constamment » cette proposition. Le sens de son argument est que « tout médiateur doit être accepté par les deux parties », et le désaccord israélien ne permet pas à la Russie de « jouer un rôle plus actif ». Les déclarations d’Abou Marzouk ont été publiées le 15 juin 2026, en référence à RIA Novosti.
Cette phrase est importante non seulement comme un autre commentaire d’un représentant du Hamas. Elle montre un jeu politique plus large : le Hamas tente de légitimer la Russie comme participant aux négociations, et Moscou tente de retrouver son statut de médiateur au Moyen-Orient. Pour Israël, un tel rôle de la Russie semble problématique en raison des contacts de Moscou avec le Hamas, de la coopération de la Russie avec l’Iran et de la ligne générale anti-occidentale de la politique étrangère russe.
Ce qui s’est passé à Moscou le 10 juin 2026
Le 10 juin 2026, le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Georgy Borisenko, a rencontré à Moscou Moussa Abou Marzouk, vice-président du bureau politique du Hamas. Un communiqué officiel sur cette rencontre a été publié par le ministère russe des Affaires étrangères. La partie russe a déclaré que la situation dans la zone du conflit israélo-palestinien avait été discutée, avec un accent sur la nécessité d’une trêve durable dans la bande de Gaza.
Selon Anadolu, lors de la rencontre, Borisenko et Abou Marzouk ont discuté d’une trêve durable, de la reprise des livraisons ininterrompues d’aide humanitaire, de la reconstruction des infrastructures civiles détruites de Gaza, de la situation « en Cisjordanie » et de la question de « l’unité interpalestinienne ». La partie russe a de nouveau parlé séparément d’un « règlement global » basé sur la « création d’un État palestinien indépendant ».
Les médias israéliens ont précisé la composition de la délégation du Hamas. Elle était dirigée par Moussa Abou Marzouk. Maher Salah, membre du bureau politique, Iyad Abou Zaher, représentant du Hamas en Russie, et Muhammad al-Ayla, secrétaire de la direction des relations internationales, ont également participé aux négociations. Les médias ont directement qualifié le Hamas de groupe terroriste et ont souligné que les négociations avaient eu lieu à Moscou avec la participation du vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, Georgy Borisenko.
C’est après cette rencontre qu’une nouvelle ligne d’information est apparue : le Hamas veut la Russie comme médiateur, mais Israël, selon Abou Marzouk, n’est pas d’accord.
Ce qu’a dit exactement Moussa Abou Marzouk
Abou Marzouk a déclaré que les Palestiniens sont intéressés par la participation de la Russie aux négociations sur Gaza. Sa pensée clé : un médiateur ne peut pas être imposé par une seule partie, il doit être accepté par tous les participants au processus.
Dans un commentaire transmis à RIA Novosti, il a dit :
« Tout médiateur doit être accepté par les deux parties. Personne ne peut imposer un médiateur unilatéralement. »
Abou Marzouk a ensuite affirmé que c’est précisément le désaccord israélien qui empêche un rôle plus actif de la Russie dans la question palestinienne.
Pour le Hamas, une telle formulation est avantageuse. Elle déplace la conversation du plan du terrorisme, des otages et de la sécurité d’Israël vers le plan diplomatique : qui a le droit d’être médiateur, qui participe aux négociations, qui reconnaît la partie palestinienne comme un sujet politique. C’est un moyen pratique pour le Hamas de se présenter non pas comme une organisation terroriste ayant attaqué Israël le 7 octobre 2023, mais comme un participant au processus international.
Pour la Russie, c’est également avantageux.
Moscou obtient la possibilité de parler non pas de la guerre contre l’Ukraine, ni de la dépendance à l’Iran, ni de son isolement international, mais de « maintien de la paix » au Moyen-Orient. Ainsi, la diplomatie russe tente de montrer qu’il est prétendument impossible de résoudre de grands conflits internationaux sans elle.
Pourquoi Israël n’est pas intéressé par la Russie comme médiateur
Il n’y a pas de déclaration officielle israélienne précisément sur les propos d’Abou Marzouk dans les sources trouvées. C’est un détail important. Mais la logique politique de la prudence israélienne est compréhensible.
Un médiateur doit inspirer confiance. La Russie n’inspire pas cette confiance à Israël. Moscou accueille des représentants du Hamas au niveau officiel, maintient des liens étroits avec l’Iran, critique sévèrement Israël sur les scènes internationales et utilise la guerre à Gaza comme partie de son propre agenda anti-occidental.
Pour Israël, la participation de la Russie aux négociations pourrait signifier non pas un renforcement du processus, mais un renforcement de la légitimation politique du Hamas. Moscou ne cache pas qu’elle considère le Hamas comme faisant partie du « tableau politique palestinien », et non comme une organisation terroriste. Dans la rhétorique russe, on entend souvent des mots sur « l’unité palestinienne », « les droits des Palestiniens », « la souveraineté » et « le règlement », mais beaucoup moins d’attention est accordée à la question de la responsabilité du Hamas pour l’attaque du 7 octobre, la détention d’otages et la menace pour la sécurité d’Israël.
C’est pourquoi pour Israël, une telle diplomatie semble dangereuse. Dans celle-ci, le Hamas obtient une plateforme politique, la Russie obtient l’image d’un médiateur, et la sécurité israélienne risque de devenir un sujet secondaire.
NAnews — Nouvelles d’Israël souligne : dans cette histoire, il est important de séparer le fait de la présentation propagandiste. Le fait est que la rencontre du Hamas avec le ministère russe des Affaires étrangères le 10 juin 2026 a bien eu lieu. Le fait est que Moussa Abou Marzouk a bien déclaré que le Hamas veut la participation de la Russie. Mais l’affirmation selon laquelle Israël « bloque » la Russie est la position d’un représentant du Hamas, et non une déclaration officielle confirmée d’Israël.
Ce que la Russie et le Hamas ont discuté
La partie russe a présenté la rencontre dans un emballage diplomatique traditionnel : « trêve, aide humanitaire, reconstruction de Gaza, Cisjordanie, unité interpalestinienne, État palestinien ».
Dans un tel ensemble de sujets, presque tout semble humanitaire et politiquement neutre. Mais derrière cela se pose la question : qui Moscou essaie-t-elle de faire émerger sur la scène internationale ?
Après le 7 octobre 2023, le Hamas reste pour Israël non seulement un mouvement politique, mais une organisation terroriste responsable du massacre de civils, de l’enlèvement de personnes et d’une guerre qui a eu de lourdes conséquences pour toute la région. Par conséquent, toute rencontre de représentants du Hamas dans les capitales des grandes puissances n’est pas seulement de la diplomatie. C’est aussi une question de légitimation.
Quand un représentant du Hamas se rend à Moscou et rencontre le vice-ministre des Affaires étrangères de Russie, le « mouvement » reçoit un signal : on lui parle au niveau étatique. Quand après cela, le même représentant dit que la Russie doit être médiateur, c’est déjà une partie de la campagne politique. Le Hamas montre à ses partisans et aux acteurs extérieurs : il n’est pas isolé, il a des canaux, il peut mener des négociations non seulement par l’Égypte, le Qatar ou la Turquie, mais aussi par Moscou.
Pourquoi la Russie est intéressée par ce rôle
Pour la Russie, le thème du Moyen-Orient est depuis longtemps un moyen de démontrer son influence. Après l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022, Moscou s’est retrouvée dans une confrontation plus profonde avec l’Occident. Par conséquent, chaque crise internationale où la Russie peut apparaître comme un « médiateur nécessaire » est utilisée pour renforcer son propre statut.
La bande de Gaza est dans cette logique pratique pour Moscou pour plusieurs raisons.
- Premièrement, le conflit permet à la Russie de critiquer les États-Unis et leurs alliés.
- Deuxièmement, les contacts avec le Hamas aident Moscou à parler avec une partie du monde arabe et musulman.
- Troisièmement, la diplomatie russe peut se présenter comme une alternative à l’influence américaine.
- Quatrièmement, le thème de Gaza détourne l’attention de la guerre russe contre l’Ukraine.
Pour les Israéliens d’origine ukrainienne, cela est particulièrement visible. La même Russie, qui mène une guerre agressive contre l’Ukraine, détruit des villes ukrainiennes et coopère avec des régimes hostiles à l’Occident, tente de se présenter comme un pacificateur au Moyen-Orient. Mais la médiation nécessite de la confiance. Les réceptions au ministère des Affaires étrangères et les déclarations aux agences d’État ne suffisent pas.
Ce que le Hamas obtient
Le Hamas obtient de la ligne russe plusieurs avantages.
Premièrement, la légitimation politique. Si des terroristes sont reçus à Moscou, il est plus facile de les présenter comme une partie des négociations, et non comme une structure terroriste.
Deuxièmement, l’élargissement du champ diplomatique. Plus il y a de médiateurs, plus il y a de possibilités de prolonger le processus, de manœuvrer entre les exigences et de chercher des conditions plus favorables.
Troisièmement, l’effet d’information. La déclaration d’Abou Marzouk permet au Hamas de transférer une partie de la responsabilité sur Israël : la partie palestinienne veut élargir la médiation, mais Israël ne le permettrait pas.
Quatrièmement, la plateforme médiatique russe. RIA Novosti et d’autres ressources russes donnent au Hamas la possibilité de promouvoir sa position en langue russe et à travers des réseaux liés à l’espace informationnel russe.
C’est pourquoi la formulation d’Abou Marzouk n’est pas accidentelle. Elle est calculée non seulement pour le « public palestinien ». Elle s’adresse à la Russie, au monde arabe, aux adversaires d’Israël et à ceux qui veulent voir Moscou comme un centre diplomatique alternatif.
Ce qui manque dans la déclaration du Hamas
Dans la déclaration d’Abou Marzouk et la présentation russe, les questions clés pour Israël ne sont presque pas abordées.
- Il n’y a pas de réponse claire sur la manière dont la sécurité des citoyens israéliens doit être assurée.
- Il n’y a pas de réponse sur ce qu’il adviendra de l’infrastructure militaire du Hamas à Gaza.
- Il n’y a pas de réponse sur qui est responsable du 7 octobre 2023.
- Il n’y a pas de réponse sur la manière de garantir que la bande de Gaza ne devienne pas à nouveau une base pour des attaques contre Israël.
- Il n’y a pas de réponse sur la manière dont la question des otages et des garanties après le cessez-le-feu sera résolue.
Au lieu de cela, l’accent est mis sur les « médiateurs », « l’aide humanitaire », « la reconstruction » et « l’unité palestinienne ». Tous ces sujets sont importants, mais sans la question de la sécurité d’Israël, ils deviennent un tableau incomplet.
Pour Israël, les négociations sur Gaza ne peuvent pas être seulement une conversation sur l’équilibre diplomatique. C’est une question de vie, de sécurité, d’otages, de communautés du sud, d’armée, de frontière et d’avenir de la région.
Pourquoi la formulation « La Russie comme médiateur » est dangereuse
À première vue, la participation d’un autre médiateur peut sembler utile.
Plus il y a de canaux, plus il y a de chances d’accord. Mais en réalité, un médiateur ne fait pas que transmettre des messages. Il influence le langage des négociations, les cadres de discussion, la perception internationale des parties et qui est considéré comme un participant légitime au processus.
Si le « médiateur » devient un pays qui accueille le Hamas au niveau officiel, coopère avec l’Iran et est en confrontation sévère avec l’Occident, pour Israël, ce n’est pas un canal neutre. C’est un risque que les négociations soient utilisées contre les intérêts israéliens.
La Russie peut parler de trêve, mais sans mettre au centre le démantèlement du pouvoir militaire du Hamas. La Russie peut parler d’aide humanitaire, mais sans parler assez fermement des otages. La Russie peut parler d’un État palestinien, mais sans garantir la sécurité d’Israël. C’est là que réside le problème.
NAnews — Nouvelles d’Israël estime qu’il est important de souligner : Moscou tente de jouer le rôle de médiateur non par pureté humanitaire, mais par intérêt politique. Le Hamas tente d’utiliser Moscou non seulement pour les négociations, mais aussi pour sortir de l’isolement. Et Israël, selon la logique des dernières années, n’est pas prêt à transférer une partie du processus à un État qui développe en même temps des liens avec ses adversaires.
Ce que cela signifie pour Israël
La déclaration de Moussa Abou Marzouk n’est pas seulement une nouvelle sur la Russie. C’est un signal que le Hamas continue de chercher des soutiens extérieurs. Après la guerre, la destruction de Gaza et la pression internationale, le mouvement tente de maintenir une présence politique. Pour cela, il a besoin de médiateurs, de plateformes, de déclarations, de rencontres et de photos dans les bureaux des ministères des Affaires étrangères.
La Russie est pratique dans ce schéma. Elle ne demande pas au Hamas ce qu’Israël demande.
Elle n’est pas le principal garant de la sécurité israélienne.
Elle n’a pas de responsabilité directe envers la société israélienne.
Mais elle peut donner au Hamas de l’air politique.
Pour Israël, la question se pose autrement. Tout règlement sur Gaza doit répondre à trois exigences de base : la sécurité des citoyens israéliens, et l’empêchement de la restauration du pouvoir militaire du Hamas. Si le médiateur ne met pas ces questions au centre, son rôle devient non pas une aide, mais un problème.
Conclusion
L’histoire de la déclaration de Moussa Abou Marzouk montre une lutte non seulement pour les négociations, mais aussi pour la légitimité internationale. Le Hamas veut voir la Russie comme médiateur parce que Moscou lui offre une plateforme politique. La Russie veut participer aux négociations parce que cela lui redonne l’image d’un acteur global. Israël n’est pas intéressé par une telle médiation parce que Moscou ne semble pas être une partie neutre.
Le fait de la rencontre à Moscou le 10 juin 2026 est confirmé. Le fait de la déclaration d’Abou Marzouk le 15 juin 2026 est également confirmé. Mais l’affirmation selon laquelle Israël « bloque » la Russie reste précisément la version du Hamas. Cela doit être compris clairement pour ne pas prendre la présentation politique d’une organisation terroriste pour un fait diplomatique établi.
Pour Israël, la question principale n’est pas de savoir si la Russie veut s’asseoir à la table des négociations. La question principale est de savoir si l’on peut faire confiance à un médiateur qui accueille le Hamas, coopère avec l’Iran et utilise la guerre à Gaza comme partie de sa propre lutte pour l’influence.
La réponse à cette question pour Israël semble évidente.