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Une conférence à Lviv sur le monde juif dans la vie et l’œuvre d’Ivan Franko a été l’occasion d’examiner plus largement l’un des sujets complexes de l’histoire ukraino-juive. Franko a vécu en Galicie, où Ukrainiens, Juifs et Polonais ne faisaient pas que cohabiter, mais s’influençaient quotidiennement les uns les autres — à travers les villes, le marché, la littérature, la politique, la religion, la pauvreté, les conflits et la mémoire.

Une conférence à Lviv comme prétexte pour parler de plus

Le 13 juin 2026 à Lviv – rencontre-conférence culturelle et éducative «Le monde juif dans l’œuvre et la vie d’Ivan Franko».

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Elle est organisée par la communauté religieuse juive du judaïsme progressiste «Teiva». Lieu de l’événement — Consulat honoraire de l’État d’Israël dans la région occidentale de l’Ukraine, Lviv, rue Gazova, 36/3. Le conférencier est Bohdan Tykholoz — célèbre spécialiste de Franko, littéraire et directeur de la Maison Franko, musée national littéraire et mémorial d’Ivan Franko à Lviv.

Mais la rencontre elle-même est importante ici non seulement comme une affiche culturelle.

Elle offre une bonne occasion de revenir sur un sujet souvent soit lissé, soit simplifié : Ivan Franko et le monde juif de Galicie.

Pour le lecteur ukrainien, Ivan Franko est l’un des principaux classiques de la culture nationale. Pour de nombreux Israéliens, son nom peut être presque inconnu. Pourtant, à travers Franko, on peut voir non seulement la littérature ukrainienne, mais aussi tout un pan de l’histoire commune ukraino-juive.

On l’appelait « Kamenyar » (ukr.) (Tailleur de pierre — ouvrier taillant des pierres) — à l’image de l’homme qui brise le rocher et ouvre la voie en avant. Dans la culture ukrainienne, cette image est devenue un symbole de travail, de lutte, de persévérance et de mouvement vers la liberté.

C’est l’histoire de Lviv, Drohobytch, Boryslav, Nahuievychi, des villes et bourgades galiciennes.

C’est l’histoire d’une région où Ukrainiens, Juifs et Polonais ont vécu côte à côte pendant des siècles. Pas dans une simple carte postale sur « l’amitié des peuples », mais dans la vie réelle — avec des influences mutuelles, du commerce, de la pauvreté, de la concurrence, de la distance religieuse, des débats politiques, des stéréotypes et des échanges culturels.

C’est précisément ce type de conversation qui est important pour la rubrique «Histoire et Faits». Pas une légende festive. Pas un slogan accusateur. Mais une tentative de comprendre comment tout était réellement organisé.

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Ivan Franko, Lviv et le monde juif : une conférence au consulat d'Israël ouvre la mémoire complexe de la Galicie
Ivan Franko, Lviv et le monde juif : une conférence au consulat d’Israël ouvre la mémoire complexe de la Galicie

Premier fait : Franko n’a pas grandi dans un monde mono-national

Ivan Franko est né en 1856 dans le village de Nahuievychi, près de Drohobytch. C’était la Galicie — alors partie de l’Empire autrichien, puis austro-hongrois.

Aujourd’hui, c’est l’Ukraine occidentale.

Mais pour comprendre Franko, il est important de se rappeler : la Galicie de son temps n’était pas homogène. Dans les villes et bourgades, vivaient côte à côte Ukrainiens, Polonais, Juifs, Allemands, fonctionnaires autrichiens, artisans, paysans, commerçants, prêtres, rabbins, enseignants, avocats, journalistes et activistes politiques.

Drohobytch, où Franko a étudié, n’était pas simplement une ville ukrainienne.

C’était une ville avec une forte présence juive, avec du commerce, de l’artisanat, une vie religieuse, de la pauvreté urbaine et des contrastes sociaux. Lviv, où Franko a travaillé, écrit, débattu et est mort, était un espace encore plus complexe — ukrainien, polonais, juif, autrichien, multilingue et politiquement tendu.

Donc, quand nous parlons du « monde juif » dans la vie de Franko, il ne s’agit pas d’un sujet séparé à part.

La vie juive faisait partie de l’environnement dans lequel il s’est formé.

Il la voyait dans les villes, sur les marchés, dans les écoles, dans la vie quotidienne, dans la politique, dans les discussions sur l’argent, la pauvreté, le travail, la justice et l’avenir des peuples de Galicie.

Et cela change immédiatement l’approche du sujet.

Franko n’« ajoutait pas des Juifs » dans ses textes pour le folklore. Il écrivait sur un monde où les Juifs étaient une partie réelle et visible de la société.

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Pourquoi cela est important pour Israël

Pour le public israélien, un tel sujet peut sembler particulièrement proche.

De nombreuses familles en Israël ont des racines dans les villes d’Europe de l’Est. Pour certains, Lviv, Drohobytch, Boryslav, Sambor, Stryi, Kolomyia ou Ternopil ne sont pas simplement des noms sur une carte, mais des lieux de mémoire familiale.

Parfois, cette mémoire est liée à la vie juive d’avant-guerre.

Parfois — à l’Holocauste.

Parfois — à l’époque soviétique, à l’émigration, à la réinstallation et à la rupture avec le passé.

Franko aide à voir une couche plus ancienne de cette histoire. Avant les catastrophes du XXe siècle. Avant l’effacement soviétique de la mémoire. Avant la guerre actuelle de la Russie contre l’Ukraine.

Il montre la Galicie comme un espace où les histoires ukrainienne et juive étaient entrelacées bien avant l’apparition des États modernes d’Ukraine et d’Israël.

Deuxième fait : les personnages juifs chez Franko sont le miroir de la société galicienne

Les personnages juifs dans les œuvres de Franko n’apparaissent pas par hasard.

Ils sont liés aux questions sociales qui préoccupaient l’écrivain : la pauvreté, l’argent, l’exploitation, le pouvoir, le travail, la dépendance, la ville, le commerce, l’éducation, le réveil national et la justice.

Boryslav est particulièrement important.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Boryslav est devenu l’un des centres de l’extraction pétrolière en Galicie. C’était un monde de contrastes sociaux marqués. Des ouvriers, des entrepreneurs, des petits intermédiaires, des gens sans terre, des gens sans protection, des gens avec l’espoir de s’enrichir rapidement et des gens qui n’avaient d’autre choix que de vendre leur travail y venaient.

Franko voyait Boryslav comme un symbole du nouvel ordre capitaliste.

Et dans ce monde, les personnages juifs occupent souvent des places de commerçants, de locataires, d’intermédiaires, d’entrepreneurs, de petits négociants, d’habitants urbains. Mais lire cela uniquement comme une « représentation des Juifs » serait une erreur.

Franko ne décrit pas une communauté juive isolée.

Il décrit un système de relations.

Qui possède l’argent.

Qui travaille.

Qui dépend.

Qui négocie.

Qui survit.

Qui profite de la faiblesse de l’autre.

Qui reste lui-même prisonnier de sa position.

Dans un tel tableau, les images juives deviennent partie d’une critique sociale plus large. Mais c’est précisément là que réside la complexité qu’on ne peut éviter.

Les stéréotypes de l’époque : une partie inconfortable mais nécessaire de la conversation

Franko était un grand écrivain et penseur.

Mais il n’était pas un homme en dehors de son temps.

Dans ses textes, on peut trouver de la compassion pour les pauvres, de l’intérêt pour le destin humain, de l’attention à l’injustice sociale. Mais on peut aussi trouver des formulations tranchantes, des images stéréotypées, des généralisations qui aujourd’hui sonnent lourdement et nécessitent une lecture critique.

C’est un point important.

Si l’on écrit que Franko aimait simplement le monde juif, ce serait un mensonge.

Si l’on écrit que Franko n’était qu’un porteur de stéréotypes antijuifs, ce serait aussi un mensonge.

Sa position est plus complexe.

Il vivait dans une société où les mouvements nationaux luttaient pour une place au soleil. Les Ukrainiens de Galicie cherchaient à obtenir des droits culturels et politiques. L’élite polonaise conservait son influence. Les communautés juives cherchaient différentes voies — de la vie religieuse traditionnelle à l’assimilation, aux idées socialistes et au sionisme.

Dans cet environnement, les conflits surgissaient facilement.

Économiques.

Religieux.

Domestiques.

Politiques.

Nationaux.

Franko ne se tenait pas au-dessus de tout cela comme un observateur froid. Il était un participant aux débats de son époque. C’est pourquoi son thème juif ne peut pas être stérile.

NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency considère qu’il est important d’en parler sans embellissements. L’histoire ukraino-juive ne s’affaiblit pas par une conversation honnête. Au contraire, elle devient plus mature quand elle conserve à la fois la lumière et l’ombre.

Troisième fait : Franko s’est tourné vers la tradition biblique juive comme langage du destin du peuple

Il y a un autre niveau, particulièrement important pour le lecteur israélien.

C’est le poème « Moïse ».

Pour la culture ukrainienne, « Moïse » d’Ivan Franko est l’un des textes clés. Mais ce n’est pas une œuvre sur la communauté juive de Galicie au sens quotidien. Ici, Franko atteint un autre niveau — biblique, symbolique, national.

Moïse chez Franko n’est pas simplement un héros de l’histoire ancienne.

C’est l’image d’un leader qui guide le peuple à travers le désert.

Le peuple est fatigué.

Le peuple doute.

Le peuple ne comprend pas toujours son prophète.

Le peuple veut des résultats, mais n’est pas toujours prêt au prix du chemin.

Pour Franko, ce sujet est devenu un moyen de parler du destin ukrainien. D’un peuple qui a une langue, une culture, une mémoire, une force intérieure, mais qui n’a pas encore son propre État. D’un peuple qui doit traverser un long désert d’attente historique.

Ici, l’image biblique juive se transforme en un langage politique et spirituel ukrainien.

Pour les Israéliens, cela peut être particulièrement intéressant.

Le classique ukrainien se tourne vers l’image de Moïse non pas comme un sujet décoratif étranger, mais comme un symbole universel du chemin du peuple, de la responsabilité, de la liberté et de la foi en l’avenir.

Franko et le sionisme : pourquoi le classique ukrainien regardait attentivement le mouvement national juif

Un sujet distinct, important pour le lecteur israélien, est l’attitude d’Ivan Franko envers le sionisme.

À la fin du XIXe siècle, la politique juive en Europe changeait. La vieille question « comment les Juifs doivent-ils vivre parmi les autres peuples » n’avait plus une seule réponse. Certains choisissaient l’assimilation. D’autres restaient dans le milieu religieux traditionnel. D’autres encore rejoignaient le mouvement socialiste. Et une partie des intellectuels et activistes juifs parlaient de plus en plus fort de la renaissance nationale et du droit du peuple juif à son propre avenir politique.

Franko observait cela non pas en tant que lecteur occasionnel de journaux.

Il vivait en Galicie, où la communauté juive était une partie visible de la société, de l’économie, de la culture urbaine et de la vie politique. Par conséquent, le sionisme pour lui n’était pas une théorie lointaine, mais l’une des réponses aux problèmes réels des Juifs d’Europe de l’Est et centrale.

Les chercheurs notent directement : l’attitude de Franko envers les Juifs était ambiguë, allant de la sympathie et de l’intérêt à des évaluations sévères et des stéréotypes, mais après la chute de la censure soviétique, des textes sont devenus plus connus, dans lesquels on voit son attitude bienveillante envers les Juifs et le sionisme.

Pour Franko, le sionisme était important avant tout comme manifestation de la conscience nationale.

Il appartenait lui-même au mouvement ukrainien, qui cherchait à obtenir des droits culturels, sociaux et politiques pour les Ukrainiens de Galicie. Par conséquent, le mouvement national juif, il pouvait le percevoir non pas comme une étrangeté, mais comme un processus historique parallèle : un peuple qui fait face à la discrimination et à la pression cherche un langage d’auto-organisation, de dignité et d’avenir.

En 1893, Franko se trouvait à Vienne et, selon les chercheurs, a rencontré Theodor Herzl — l’un des principaux futurs idéologues du sionisme politique. Plus tard, Franko a écrit la préface à la publication à Lviv de l’œuvre de Herzl « L’État juif ». Cependant, il est important de ne pas simplifier : Franko n’acceptait pas l’idée d’un État juif sans réserve et la considérait difficile à réaliser, mais il reconnaissait la nécessité de la solidarité juive face à l’antisémitisme.

C’est un aspect très important.

Franko pouvait critiquer sévèrement les riches entrepreneurs juifs, surtout dans les textes sur Boryslav et le capitalisme pétrolier. Mais cette critique n’annulait pas autre chose : il voyait le droit des Juifs à l’auto-organisation nationale et comprenait que l’antisémitisme était une menace réelle, et non un problème inventé.

En ce sens, Franko se distinguait de nombreux contemporains.

Dans le milieu ukrainien, polonais et européen de la fin du XIXe siècle, les sentiments antisémites étaient forts. La population juive était souvent transformée en un objet commode d’accusations — pour la pauvreté des paysans, pour les crises économiques, pour les échecs politiques, pour la peur de la modernisation. Dans ce contexte, la simple volonté de Franko de discuter de la question juive non seulement avec le langage de l’accusation, mais aussi avec le langage des droits, de la solidarité et de l’avenir national était importante.

Mais encore une fois — sans embellissement.

Franko n’était pas un auteur libéral moderne du XXIe siècle. Dans son héritage, il y a des textes et des formulations qui aujourd’hui nécessitent une lecture critique. C’est pourquoi les chercheurs parlent de la complexité de son attitude envers les Juifs : en lui coexistaient le soutien à l’émancipation juive, l’intérêt pour le sionisme, la critique sociale du capital juif et les stéréotypes de l’époque.

Pour un article dans la rubrique « Histoire et Faits », c’est particulièrement précieux.

Franko montre que l’histoire ukraino-juive ne se divise pas en noir et blanc. Il y a eu des conflits, mais il y a eu aussi des points de compréhension. Il y a eu une critique sociale, mais il y a eu aussi la défense du droit des Juifs à participer à la vie publique. Il y a eu des stéréotypes, mais il y a eu aussi un intérêt pour le mouvement national juif.

Le sionisme dans cette histoire est important aussi parce qu’il relie Franko à un sujet compréhensible pour Israël aujourd’hui : le droit d’un peuple à ne pas se dissoudre, à ne pas disparaître, à ne pas être un éternel objet de la politique d’autrui, mais à parler de lui-même comme d’un sujet de l’histoire.

C’est précisément ici que Franko devient de manière inattendue intéressant non seulement pour le lecteur ukrainien, mais aussi pour le lecteur israélien.

Il regardait la question juive depuis la Galicie — une région où les Ukrainiens eux-mêmes luttaient pour la voix, la langue et la reconnaissance. Par conséquent, l’aspiration juive à l’auto-organisation ne pouvait pas être pour lui un son vide. Elle faisait partie de cette grande conversation historique sur les peuples sans pleine puissance politique, sur les droits des minorités, sur l’avenir de l’Europe de l’Est et sur la manière de préserver la dignité dans un monde d’empires et de conflits nationaux.

Quatrième fait : Lviv dans ce sujet — pas seulement un lieu sur l’affiche

Lviv dans l’histoire de Franko et du monde juif n’est pas un décor.

C’est l’un des personnages principaux.

Ici, Franko a vécu, travaillé, écrit, débattu et est mort. Ici s’est formée la pensée politique et littéraire ukrainienne. Ici aussi, avant la Seconde Guerre mondiale, existait une vie juive puissante – religieuse, culturelle, éducative, commerciale, politique.

Lviv était une ville de plusieurs mémoires.

Ukrainienne.

Juive.

Polonaise.

Autrichienne.

Plus tard – soviétique.

Et chacune de ces mémoires a laissé une trace, mais ne s’est pas toujours conservée de la même manière.

Après l’Holocauste, la vie juive de Lviv a été presque détruite. Après le pouvoir soviétique, beaucoup de choses ont été renommées, effacées, étouffées ou réduites à des formulations officielles. Après la restauration de l’indépendance de l’Ukraine, un processus complexe de retour de la mémoire a commencé – pas toujours rapide, pas toujours complet, mais important.

C’est pourquoi une conférence sur le monde juif de Franko à Lviv sonne différemment que dans n’importe quelle autre ville.

À Lviv, ce sujet se trouve littéralement sous nos pieds.

Dans les rues.

Dans les maisons.

Dans les archives.

Dans les fonds des musées.

Dans les histoires familiales.

Dans les synagogues disparues.

Dans les textes ukrainiens.

Dans la mémoire juive.

Dans le dialogue contemporain entre l’Ukraine et Israël.

Et si une telle rencontre a lieu au Consulat honoraire de l’État d’Israël dans la région occidentale de l’Ukraine, cela ajoute un autre sens. Il ne s’agit pas seulement du passé, mais aussi de la volonté actuelle de parler de l’histoire commune dans un langage de respect et de précision.

Qui est Ivan Franko : explication pour le lecteur israélien

Beaucoup d’Israéliens peuvent connaître le nom de Taras Shevchenko, mais ne pas toujours comprendre qui est Ivan Franko.

Et sans cela, il est difficile de comprendre pourquoi une conférence sur son monde juif est importante.

Ivan Franko — est l’un des principaux écrivains, penseurs et personnalités publiques ukrainiennes de la fin du XIXe – début du XXe siècle. Pour la culture ukrainienne, il se tient aux côtés de Taras Shevchenko et Lesya Ukrainka.

Si Shevchenko est devenu le symbole du réveil national ukrainien du XIXe siècle, Franko est devenu une figure d’un autre type – un intellectuel de dimension européenne, qui combinait littérature, science, politique, journalisme, traduction, critique sociale et travail avec la culture populaire.

Il n’était pas seulement poète.

Franko était romancier, dramaturge, traducteur, critique littéraire, publiciste, scientifique, activiste politique, chercheur en folklore et homme d’une immense énergie intellectuelle.

Il écrivait sur la pauvreté, le travail, l’amour, l’humiliation, la dignité, l’injustice sociale, le réveil national, la faiblesse humaine et la responsabilité de l’intelligentsia envers le peuple.

Ivan Franko (27 août 1856, Naguievichi, district de Drohobych, région de Sambir, Royaume de Galicie et de Lodomérie, Empire d’Autriche – 28 mai 1916, Lviv, Royaume de Galicie et de Lodomérie, Autriche-Hongrie) – poète ukrainien éminent, publiciste, traducteur, chercheur, personnalité publique et politique. Docteur en philosophie (1893), docteur habilité (1895), membre effectif de la Société scientifique Shevchenko (1899), docteur honoris causa de l’Université de Kharkiv (1906). Membre de la Société « Prosvita ».

Au cours de ses plus de 40 ans d’activité créative, Franko a travaillé de manière extrêmement productive en tant qu’écrivain original (poète, romancier, dramaturge) et traducteur, critique littéraire et publiciste, scientifique polyvalent – littéraire, linguistique, traductologique et critique d’art, ethnologue et folkloriste, historien. Son héritage créatif compte, selon des estimations approximatives, plusieurs milliers d’œuvres d’un volume total de plus de 100 tomes. Au total, de son vivant, Franko a publié plus de 220 éditions sous forme de livres et brochures, y compris plus de 60 recueils de ses œuvres originales et traduites de différents genres. Il a été l’un des premiers écrivains professionnels ukrainiens, c’est-à-dire qu’il gagnait sa vie par le travail littéraire.

Franko écrivait avant tout en ukrainien – plus précisément, en ukrainien littéraire de son temps avec un fort substrat linguistique galicien.

Mais il était un auteur et intellectuel multilingue.

Il écrivait et publiait également :

  • en polonais – surtout dans la presse et la publicistique ;
  • en allemand – pour l’espace scientifique et publicistique autrichien et européen ;
  • il utilisait et connaissait le russe, le vieux-slave, le latin, le grec, traduisait de différentes langues ;
  • il travaillait avec des textes en hébreu/tradition biblique juive à travers des récits bibliques, principalement dans le poème « Moïse », mais il a écrit le poème lui-même en ukrainien.

Mais le mieux est de voir l’ampleur de Franko à travers ses œuvres.

L’une des œuvres précoces et très importantes est « Boa constrictor », écrite en 1878. C’est une prose sur Boryslav, le capital pétrolier, la cupidité, la dépendance et un monde où l’argent commence progressivement à gouverner les relations humaines. Pour le thème de la Galicie, c’est particulièrement important : Boryslav chez Franko devient non seulement une ville, mais un symbole du nouveau capitalisme dur.

En 1881-1882, Franko a écrit le roman social « Boryslav rit ». Il y montre la vie difficile des ouvriers et la naissance de la protestation ouvrière dans le Boryslav pétrolier. Ce n’est pas un roman « sur l’industrie » au sens sec, mais un texte sur des gens que la nouvelle économie broie entre pauvreté, exploitation et espoir de justice.

En 1883, le roman historique « Zakhar Berkut » est apparu. Son action est liée au XIIIe siècle et à la résistance de la communauté carpatique à l’invasion mongole. Pour la culture ukrainienne, c’est l’un des textes importants sur la liberté, la solidarité communautaire, la dignité et la capacité du peuple à défendre sa terre. À travers le passé, Franko parlait de la modernité : que le peuple peut tenir bon s’il a une organisation interne, une mémoire et une volonté.

En 1893, la pièce « Le bonheur volé » a été écrite. C’est déjà un autre aspect de Franko – non seulement un penseur social, mais aussi un psychologue subtil. Au centre de la pièce, une tragédie personnelle, un amour détruit, la pression des circonstances et la question de savoir si une personne peut se préserver lorsque la vie est déjà brisée par des décisions étrangères.

En 1895, Franko a écrit le roman « Les fondements de la société », où il revient sur le thème de la morale sociale, du pouvoir, de l’argent et de l’hypocrisie. Il s’intéressait non seulement à la pauvreté en tant que fait, mais à la façon dont la société est organisée, où certaines personnes obtiennent du pouvoir et d’autres deviennent dépendantes.

En 1896, le cycle poétique « Feuilles fanées » est sorti. C’est une poésie sur l’amour, la douleur, la solitude, la rupture intérieure et la vulnérabilité humaine. Ce texte est important car il montre que Franko n’était pas seulement un « tailleur de pierre », pas seulement un combattant public, mais aussi un auteur de poésie très personnelle, dramatique, émotionnelle.

En 1900, le roman « Chemins croisés » est apparu. Le titre lui-même convient bien à la discussion sur Franko et la Galicie. C’est une œuvre sur la société provinciale, la politique, le droit, la corruption, le travail national, les choix personnels et les chemins complexes que suivent les gens et les communautés entières.

En 1905, Franko a écrit le poème « Moïse » – l’un des textes clés de la littérature ukrainienne. Dans celui-ci, l’image biblique de Moïse devient le langage d’une conversation sur le destin du peuple, le leadership, les doutes, le désert, la liberté et le chemin vers l’avenir. Pour les Ukrainiens, ce n’était pas simplement un récit biblique, mais une réflexion sur leur propre chemin national.

C’est pourquoi Franko est particulièrement intéressant pour le lecteur israélien.

Il s’adressait à la tradition biblique juive non pas comme à un folklore lointain, mais comme à un langage universel de l’histoire. À travers Moïse, Franko parlait d’un peuple qui cherche son chemin, se fatigue, doute, débat avec le prophète, mais reste néanmoins confronté à la question de la liberté.

Il y a aussi une autre œuvre célèbre, importante pour comprendre l’image de Franko, – le poème « Les tailleurs de pierre », écrit en 1878. C’est avec lui que son image de tailleur de pierre est associée. Dans la culture ukrainienne, le tailleur de pierre est une personne qui brise le rocher et ouvre la voie en avant. Cette image est devenue un symbole de travail, de persévérance, de résistance et de mouvement vers la liberté.

C’est pourquoi Franko en Ukraine n’est pas seulement l’auteur de quelques textes scolaires.

Il est l’un de ceux qui ont aidé la culture ukrainienne à passer de la tradition folklorique et romantique à une nation intellectuelle moderne. Il écrivait sur les paysans et les ouvriers, sur la ville et l’industrie, sur l’amour et la politique, sur le passé et l’avenir, sur le peuple et l’individu, sur la faiblesse et la dignité.

Sa place dans la littérature ukrainienne est spéciale.

Taras Shevchenko a donné aux Ukrainiens une voix poétique et nationale puissante. Lesya Ukrainka a élevé la littérature ukrainienne au niveau du drame philosophique européen et de la poésie intellectuelle. Ivan Franko s’est placé entre eux et à côté d’eux comme une figure universelle : écrivain, scientifique, publiciste, critique, traducteur, penseur politique et bâtisseur de la culture ukrainienne moderne.

Franko est né et s’est formé en Galicie, où l’histoire ukrainienne s’est constamment croisée avec l’histoire juive, polonaise, autrichienne et paneuropéenne. C’est pourquoi ses textes aident à comprendre non seulement l’Ukraine, mais aussi ce monde d’Europe de l’Est d’où sont issues des millions de familles juives.

À travers Franko, on peut voir la carte de la Galicie non pas comme une région historique sèche, mais comme un espace vivant.

Naguievichi – lieu de naissance.

Drohobych – ville de jeunesse.

Boryslav – symbole du capitalisme pétrolier et de la douleur sociale.

Lviv – centre de culture, de politique, de journalisme et de mémoire.

Et à côté de cela – les communautés juives, les marchés, la vie religieuse, la pauvreté, la richesse, le socialisme, le sionisme, les stéréotypes, les peurs, le dialogue et les conflits.

Il y a aussi un autre fait important qui aide à comprendre l’ampleur de la mémoire de Franko.

En Ukraine, il y a une ville nommée en son honneur – Ivano-Frankivsk. Historiquement, cette ville s’appelait Stanislaviv, plus tard Stanislav. En 1962, elle a été renommée Ivano-Frankivsk en l’honneur d’Ivan Franko. Cela s’est produit à l’époque soviétique, pour le 300e anniversaire de la ville, mais la logique même du renommage était liée au fait que Franko était perçu comme l’une des plus grandes figures de la culture ukrainienne et comme un symbole de la Galicie.

Pourquoi son nom précisément ?

Parce que Franko n’est pas un auteur local d’une seule région. Il est devenu un symbole national. Son nom est lié à l’Ukraine occidentale, à Lviv, à la Galicie, à la langue ukrainienne, à la littérature, à l’éducation, à la pensée sociale et à l’idée de dignité culturelle. C’est pourquoi la ville d’Ivano-Frankivsk sur la carte de l’Ukraine n’est pas seulement un nom administratif, mais un signe de la place que Franko occupe dans la mémoire ukrainienne.

Pour le lecteur israélien, cela peut être expliqué simplement : Franko pour l’Ukraine n’est pas seulement un écrivain, mais l’une des personnes à travers lesquelles les Ukrainiens ont appris à parler d’eux-mêmes en tant que nation moderne.

C’est pourquoi la discussion sur Franko et le monde juif n’est pas un sujet littéraire étroit.

C’est une façon de comprendre comment la culture ukrainienne voyait la vie juive.

Comment la présence juive a façonné la Galicie.

Comment le Moïse biblique est devenu l’une des images du chemin national ukrainien.

Comment les mouvements nationaux de la fin du XIXe siècle cherchaient le langage de l’avenir.

Et pourquoi aujourd’hui, après toutes les catastrophes du XXe siècle et sur fond de guerre de la Russie contre l’Ukraine, il est important d’en parler sans douceur trompeuse et sans simplification destructrice.

Franko ne nous donne pas une légende confortable.

Il nous donne un matériau complexe.

C’est pourquoi il est important.

L’histoire des Ukrainiens et des Juifs en Galicie n’était pas seulement une histoire de voisinage, mais aussi une histoire de tension. Pas seulement une histoire de douleur, mais aussi une histoire d’influence. Pas seulement une histoire de rupture, mais aussi une histoire de tissu culturel commun.

La conférence à Lviv n’a été qu’un prétexte pour rouvrir ce sujet.

Et le sujet lui-même est bien plus large qu’une seule rencontre.

Il s’agit du fait que l’Ukraine et le monde juif ont une longue histoire commune – avec des villes, des noms, des textes, des conflits, des images bibliques et une mémoire qui ne peut être abandonnée ni à la propagande ni à l’oubli.

C’est pourquoi la discussion sur Franko aujourd’hui est importante non seulement pour les philologues.

Elle est importante pour tous ceux qui veulent comprendre pourquoi l’histoire ukraino-juive n’est pas une annexe à la grande histoire européenne, mais l’une de ses lignes centrales.

Иван Франко, Львов и еврейский мир: лекция в консульстве Израиля открывает сложную память Галиции