Le 30 juin 2026, au club ВЄБФ «Хесед-Ар’є», un programme a eu lieu «La ville de Lviv dans la vie et les œuvres de Stanisław Lem», dédié au 105e anniversaire de la naissance de Stanisław Lem — l’un des écrivains de science-fiction européens les plus célèbres, penseurs de l’avenir et auteurs dont les livres ont depuis longtemps dépassé le genre de la science-fiction.
Ce n’était pas simplement une rencontre littéraire.
C’était une conversation sur Lviv en tant que ville de mémoire, sur le destin juif, sur la culture polonaise, sur le traumatisme de l’Holocauste et sur un homme qui savait regarder loin devant, mais qui est resté toute sa vie lié à la ville de son enfance.
Stanisław Lem est né à Lviv le 12 septembre 1921. À l’époque, c’était Lwów — une ville à l’histoire complexe, multilingue et multiculturelle, où coexistaient les traditions culturelles polonaises, juives, ukrainiennes, germanophones et autrichiennes. C’est cette ville qui est devenue pour le futur écrivain le premier univers qu’il a ensuite restitué dans ses textes — directement, indirectement, à travers la mémoire, les détails, les images et les cicatrices intérieures.
Lem et Lviv : la ville qui est restée à l’intérieur
Dans le programme de Hesed, on se souvenait des années d’enfance et de jeunesse de Stanisław Lem à Lviv, reflétées dans son livre autobiographique «Le Château Haut». Dans ce texte, Lviv n’apparaît pas comme une carte postale touristique, mais comme un espace de perception enfantine : les rues, les maisons, les odeurs, les jeux, les peurs, les premières découvertes, la sensation d’un grand monde qui commence à côté de chez soi.
Pour Lem, Lviv n’était pas seulement un lieu de naissance.
C’était une ville de formation de la personnalité, de la langue, de la mémoire et de la vision intellectuelle du monde. Il a grandi dans un environnement où la médecine, l’éducation, la littérature, la culture européenne et la vie urbaine faisaient partie du quotidien. Son père, Samuel Lem, était médecin, sa mère — Sabina Woller. La famille était aisée, polonophone et entièrement assimilée, mais d’origine appartenait à la communauté juive de Lviv.
C’est ici que la précision est importante.
Lem ne peut pas être réduit à une formule simple. Il était un écrivain polonais, un habitant de Lviv, un homme de culture européenne, et par origine — un juif issu d’une famille ayant survécu à la catastrophe du XXe siècle. Une telle identité complexe est bien connue de nombreuses familles juives d’Europe de l’Est : la langue, la culture, les documents, l’origine, la mémoire et la survie ne coïncidaient souvent pas en une ligne pratique.
Pour le public israélien, ce sujet est particulièrement proche.
L’histoire de Lem n’est pas seulement une histoire littéraire. C’est l’histoire du Lviv juif, l’histoire de l’assimilation, l’histoire de la survie et l’histoire du silence après la catastrophe vécue. C’est pourquoi de telles rencontres sont importantes non seulement pour ceux qui aiment la science-fiction, mais aussi pour tous ceux qui essaient de comprendre comment la mémoire du passé continue de vivre dans la culture.
Origine juive et ombre de l’Holocauste
Stanisław Lem était issu d’une famille juive. Son père, Samuel Lem, était médecin, sa mère — Sabina Woller. La famille se considérait comme faisant partie de la culture polonaise, vivait dans un environnement polonophone et était assimilée, mais l’origine de Lem restait juive.
Pendant l’Holocauste, la famille s’est retrouvée sous une menace mortelle. Selon les « lois de Nuremberg » nazies, Lem était considéré comme juif. Lui et ses parents ont réussi à échapper à la mort grâce à de faux documents et à une vie sous une autre identité.
Pour la plupart des juifs de Lviv, cette époque s’est terminée tragiquement.
C’est pourquoi l’histoire de la famille Lem n’est pas seulement une biographie privée d’un écrivain célèbre. C’est une partie de la grande et douloureuse histoire du Lviv juif, presque détruit pendant l’Holocauste.
Lem lui-même, après la guerre, parlait rarement ouvertement de son origine juive et de son expérience vécue. Il soulignait que sa vision du monde s’était formée dans le courant de la culture polonaise. Mais le silence sur le traumatisme est également devenu une partie de sa biographie.
Ces dernières années, les chercheurs prêtent de plus en plus attention au fait que les traces de l’Holocauste vécu pourraient être cryptées dans ses œuvres — non pas comme un témoignage direct, mais comme une couche profonde de peur, d’aliénation, d’impossibilité de compréhension complète de l’autre, de confrontation de l’homme avec une force impersonnelle et une catastrophe.
Lors du programme à Hesed, on parlait justement de cela : des nouvelles recherches qui aident à lire autrement les œuvres de Lem.
Derrière les mondes fantastiques, les expéditions spatiales, les robots, l’intelligence artificielle et les civilisations lointaines, on peut voir non seulement un jeu d’imagination, mais aussi l’expérience d’un homme ayant vécu un siècle où la civilisation a montré son côté sombre et effrayant.
Pour НАновости — Nouvelles d’Israël, ce sujet est important aussi parce qu’il relie plusieurs lignes : l’histoire juive de Lviv, l’espace de mémoire ukrainien, la culture polonaise et la question israélienne de savoir comment préserver la mémoire des personnes dont l’identité était complexe, multicouche et souvent traumatisée.
Un visionnaire qui a prédit l’ère numérique
Mais la soirée à Hesed n’était pas seulement sur la tragédie.
Elle portait aussi sur le génie de Lem, qui a su voir l’avenir bien avant qu’il ne devienne notre quotidien. Les participants au programme se souvenaient des inventions techniques et des phénomènes que Lem décrivait dans ses livres : livres électroniques et audio, tablettes, smartphones, internet, formes de communication virtuelles, systèmes automatisés, relations complexes de l’homme avec la machine et l’information.
Aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle, l’environnement numérique, les smartphones et le flux constant de données font partie de la vie ordinaire, Lem se lit non pas comme un écrivain du passé, mais comme un auteur qui continue de poser des questions au présent.
Que se passe-t-il avec l’homme lorsque la technologie devient plus intelligente ?
Peut-on comprendre une autre intelligence si elle ne pense pas comme nous ?
Où finit le progrès et où commence la solitude ?
Pourquoi l’humanité, en créant de nouvelles technologies, ne devient-elle souvent pas plus sage ?
Ces questions résonnent dans «Solaris», «La Cybériade», «Les Voyages interstellaires d’Ijon Tichy», «Retour des étoiles» et d’autres œuvres de Lem. Et c’est précisément pour cela que ses livres restent vivants : ils ne vieillissent pas avec la technologie, car ils parlent non seulement des machines, mais de l’homme.
La musique de Lviv comme partie de la mémoire
Une atmosphère particulière à la rencontre a été donnée par les clips musicaux.
La chanson «Mon cœur est resté à Lviv» sur les paroles de Marian Hemar — poète polonais, satiriste, dramaturge et parent de Stanisław Lem — a été jouée. Ce détail est important : à travers Hemar, la conversation sur Lem revient à Lviv, à l’environnement culturel polono-juif, aux personnes pour qui la ville est restée non seulement un point sur la carte, mais une partie du destin personnel.
La chanson populaire «Seulement à Lviv» a également été jouée, et la séquence vidéo a été complétée par un film tourné à Hesed — «Deux tangos». Ces insertions musicales ont fait du programme non pas une conférence sèche, mais un retour vivant dans la mémoire urbaine, où la littérature, la musique, les rues et les biographies se rejoignent en une seule histoire commune.
Le Lvivien Lem est vraiment revenu à Lviv — dans les livres, dans les souvenirs, dans les recherches, dans les conversations à son sujet et dans la fresque murale créée en son honneur.
Pourquoi l’histoire de Lem est importante aujourd’hui
L’histoire de Stanisław Lem est importante non seulement comme une date anniversaire.
Elle aide à parler de la façon dont la ville préserve les gens, même lorsque les catastrophes historiques déchirent les familles, les langues, les pays et les destins. Le Lviv de Lem n’existe plus depuis longtemps sous sa forme ancienne, mais il continue de vivre dans la littérature, la mémoire et les initiatives culturelles.
Pour l’Ukraine, cette histoire est importante en tant que partie de l’héritage multiculturel de Lviv.
Pour Israël — en tant que partie de la mémoire juive de l’Europe de l’Est.
Pour la culture polonaise — en tant qu’histoire de l’un de ses grands auteurs.
Et pour les lecteurs de НАновости — Nouvelles d’Israël — comme un rappel que l’histoire juive ne parle pas toujours d’une voix directe. Parfois, elle est cachée dans la biographie, dans le silence, dans la science-fiction, dans l’image d’une planète étrangère, dans l’impossibilité de comprendre l’autre et dans la nostalgie d’une ville qui est restée à l’intérieur pour toujours.
Stanisław Lem écrivait sur l’avenir, mais sa propre vie était profondément liée au passé.
Il voyait le progrès technique, mais comprenait la fragilité de l’homme.
Il créait des mondes cosmiques, mais portait en lui Lviv.
C’est pourquoi la rencontre à Hesed n’était pas simplement un programme pour le 105e anniversaire de l’écrivain, mais un acte important de mémoire : sur Lem, sur le Lviv juif, sur l’Holocauste vécu et sur la culture qui continue de rendre aux gens leurs noms, leurs villes et leurs histoires.
