Pourquoi la présentation de ce livre à Kiev s’est-elle avérée plus importante qu’un événement littéraire ordinaire
Le 5 avril 2026, à Kiev, a eu lieu la présentation de l’édition ukrainienne du livre de l’historien et publiciste israélien Michaël Bar-Zohar « Épées de fer, cœurs blessés. La guerre fatidique d’Israël avec le Hamas ». Le lieu de rencontre était la plateforme littéraire de la capitale « Knigolend », mais la discussion elle-même a rapidement dépassé le cadre d’une simple conversation sur un nouveau livre.
Il ne s’agissait pas seulement d’Israël, ni seulement de la tragédie du 7 octobre 2023, ni seulement de la guerre que l’État juif a été contraint de mener après l’attaque des terroristes. Dans la capitale ukrainienne, cette présentation a résonné comme une discussion sur la manière dont les guerres modernes se déroulent simultanément sur plusieurs fronts — militaire, moral, diplomatique et informationnel.
Pour le public israélien, il y a ici un sens particulier. L’Ukraine, comme Israël, vit depuis longtemps dans une réalité où non seulement les missiles, les drones et les groupes armés agissent contre le pays, mais aussi la désinformation systématique, les tentatives de substituer les causes et les conséquences, de brouiller les frontières entre la victime et l’agresseur, puis d’imposer au monde une version falsifiée des événements. C’est pourquoi l’apparition d’un tel livre en langue ukrainienne à Kiev ne semble pas être un épisode fortuit, mais fait partie d’une lutte plus large pour la clarté historique et politique.
Le livre de Bar-Zohar commence par la description des événements d’octobre 2023, puis emmène le lecteur aux origines du conflit et explique la logique des actions d’Israël dans des conditions de frappe terroriste sans précédent. Mais, à en juger par la discussion lors de la présentation, le lecteur ukrainien est attiré non seulement par l’intrigue israélienne en tant que telle. Ce qui est beaucoup plus important, c’est la tentative de fixer honnêtement la réalité avant qu’elle ne soit à nouveau réécrite pour des intérêts politiques étrangers.
Quand un livre devient une réponse à la désinformation
L’un des participants à la présentation était le représentant du GUR du ministère de la Défense de l’Ukraine, Andriy Yusov. Sa participation a donné un poids supplémentaire à la discussion, car le thème de la guerre de l’information pour l’Ukraine a depuis longtemps cessé d’être une théorie.
Selon Yusov, Israël et l’Ukraine sont confrontés à des défis très similaires. Il ne s’agit pas seulement des actions militaires, mais aussi de la lutte pour l’interprétation des événements. Dans un conflit moderne, il ne suffit pas de repousser une attaque ou de mener une opération réussie. Il faut aussi empêcher que la vérité ne soit déformée, et que les faits ne soient remplacés par la manipulation émotionnelle, la conjoncture politique et la propagande organisée.
C’est cette idée qu’il a formulée de manière très claire : aujourd’hui, la lutte contre la désinformation devient une arme comme les autres, et de tels livres sont nécessaires pour empêcher que la vérité ne soit réécrite. Pour Israël, qui après le 7 octobre s’est retrouvé sous une pression énorme non seulement sur le champ de bataille, mais aussi dans l’espace médiatique international, cela résonne particulièrement.
L’expérience israélienne que l’Ukraine lit déjà à travers sa propre douleur
Au centre de la discussion se trouvait également un autre sujet, douloureusement compréhensible pour les deux pays — la libération des otages et le retour des prisonniers. Le livre y consacre une place notable, et pour le public ukrainien, c’est évidemment l’un des aspects les plus sensibles.
L’Ukraine travaille quotidiennement au retour de ses citoyens de la captivité russe. Israël, tout au long de la guerre après le 7 octobre, mène également une lutte difficile et dramatique pour le retour des otages capturés par les terroristes. C’est pourquoi la discussion sur le livre a inévitablement touché un nerf commun aux deux sociétés : comment l’État, l’armée, les services de renseignement, les diplomates et la société dans son ensemble agissent lorsque l’on parle non seulement de stratégie, mais de destins humains concrets.
Pour le lecteur en Israël, c’est un signal important. Le public ukrainien perçoit l’histoire israélienne non pas comme quelque chose d’extérieur et de lointain, mais comme une expérience qui résonne avec sa propre blessure. C’est précisément dans ces points que naît une véritable compréhension mutuelle entre les sociétés — non pas au niveau des déclarations formelles, mais au niveau de l’expérience vécue.
Et ici, le contexte constamment souligné par NAnews — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency est particulièrement pertinent : le lien entre l’Ukraine et Israël aujourd’hui ne se construit pas seulement sur la diplomatie et les mots de soutien, mais aussi sur une compréhension commune de ce à quoi ressemble la guerre contre des États qui tentent de résister face au terrorisme, à la violence et au mensonge.
Qui a participé à la présentation
Ont participé à la discussion l’auteur du livre Michaël Bar-Zohar, le président de la Confédération juive d’Ukraine et fondateur de la série « Bibliothèque juive » Boris Lozhkin, le cofondateur et président du conseil de surveillance de la société de production de drones « Général Chereshnya » Yaroslav Grishin, Grigory Shverk, ainsi que le directeur du développement de la maison d’édition « Nash Format » Dmitry Rudenko.
La discussion a été modérée par Ester Vratarova — porte-parole de l’organisation publique Humanity, qui s’occupe du sauvetage des personnes des territoires temporairement occupés. Cela aussi semblait symbolique : une discussion sur un livre sur la guerre d’Israël s’est déroulée avec la participation de personnes qui travaillent quotidiennement avec les conséquences de la guerre en Ukraine non pas en théorie, mais en pratique.
L’événement a été organisé par l’agence de communication ukrainienne Ideas&Strategy.
Pourquoi ce livre peut-il être important aussi pour le lecteur israélien
Michaël Bar-Zohar est depuis longtemps connu du public ukrainien pour ses livres sur les opérations du Mossad et sur les femmes dans le renseignement israélien. La nouvelle édition poursuit cette ligne, mais dans le contexte actuel, sa perception devient beaucoup plus aiguë. Ce n’est plus simplement un travail historique ou publiciste sur Israël. C’est un texte qui se lit comme un avertissement : si on ne nomme pas les choses par leur nom à temps, il faudra plus tard lutter encore plus durement pour la vérité.
Pour le public israélien, il est important aussi que ce type de livre à Kiev ne soit pas perçu comme étranger. Au contraire, il s’intègre naturellement dans le contexte local, car la société ukrainienne comprend trop bien le prix d’une réaction tardive du monde, le prix du brouillard informationnel et le prix des tentatives d’égaliser la partie défensive avec ceux qui ont commencé la violence.
La présentation à Kiev a montré qu’entre l’expérience ukrainienne et israélienne aujourd’hui, il existe non seulement une solidarité politique, mais aussi une profonde coïncidence intellectuelle. Les deux pays sont contraints de défendre simultanément les frontières, les personnes, la mémoire et le droit à leur propre voix.
Et c’est précisément pourquoi le livre « Épées de fer, cœurs blessés » en traduction ukrainienne n’est pas simplement une nouveauté éditoriale. C’est un autre argument dans la grande lutte contre l’oubli, la déformation et la réécriture des événements, dont les conséquences continuent de déterminer la sécurité d’Israël, de l’Ukraine et de toute la région.
