Le 29 mars 2026, le média israélien NEWSru.co.il a publié un article basé sur une étude de LS Group, et c’est de cette publication que nous tirons les principaux éléments pour notre analyse : la langue russe s’est retrouvée parmi les cinq premières en termes de diffusion de récits anti-israéliens concernant la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. Pour Israël, ce n’est plus simplement un détail médiatique du monde extérieur, mais un signal inquiétant indiquant que l’espace russophone participe de plus en plus au flux général d’informations hostiles.
Selon les données fournies par NEWSru.co.il, cinq langues — l’arabe, le persan, l’anglais, l’espagnol et le russe — forment 89% du flux d’informations anti-israéliennes globales sur le thème de la guerre actuelle. Cette liste est en partie prévisible. L’arabe et le persan ne surprennent pas. Mais la présence de la langue russe dans ce top cinq, avec une telle part, résonne différemment pour le public israélien. Cela signifie que nous ne parlons pas d’un coin propagandiste étroit d’Internet, mais d’un grand environnement linguistique avec lequel Israël est historiquement lié directement — par la réinstallation, les médias, les familles, les affaires, la politique et le débat public.
À quoi ressemble la carte du flux d’informations anti-israéliennes
Cinq langues détiennent presque tout le volume
Selon la publication, la langue arabe occupe la première place avec une part de 31% et une augmentation de 24% par rapport à février. Elle est suivie par le persan — 26% et une augmentation de 37%. L’anglais représente 19% du volume total, l’espagnol — 13%, le russe — 11%. La croissance totale des messages anti-israéliens pour la période considérée a été de 31%. Si l’on traduit cela du langage sec du monitoring en langage courant, le tableau est le suivant : en quelques semaines, la vague d’informations anti-israéliennes non seulement s’est maintenue, mais s’est considérablement renforcée, et le segment russe s’est retrouvé au cœur de cette accélération, et non en périphérie.
La langue russe a un rôle particulier dans cette liste. Formellement, elle ferme le top cinq. Mais politiquement et informativement, la signification de ce fait est plus large que le simple chiffre de 11%. Le russe est une langue qui continue de vivre au sein de la société israélienne. Elle n’est pas extérieure au pays. Par conséquent, chaque renforcement de la rhétorique anti-israélienne en russe touche potentiellement non seulement l’opinion internationale, mais aussi le milieu médiatique interne d’Israël.
Telegram est devenu le principal accélérateur
La publication souligne séparément que 48% des messages anti-israéliens apparaissent sur Telegram. En deuxième position, X avec 18%. Dans ce contexte, Telegram domine précisément dans les segments arabe, persan et russe, tandis que X est plus fort dans les segments anglais et espagnol. C’est une bifurcation importante. Elle montre non seulement où le contenu hostile se répand, mais aussi comment il vit. Telegram — c’est la vitesse, la faible modération, la forte émotivité, les communautés denses et la radicalisation presque instantanée de tout sujet.
Pour Israël, c’est particulièrement sensible, car Telegram est depuis longtemps devenu non seulement un canal d’informations. C’est un espace où les gens reçoivent une première explication des événements. Pas un document. Pas une vérification. Pas un long texte analytique. Mais précisément le premier cadre : qui est coupable, qui est victime, qui prétendument « pousse le monde à la catastrophe », et qui « se défend ». Et si un tel cadre est massivement construit contre Israël, alors il n’est plus si important de savoir comment le texte est ensuite formé — comme un post grossier, comme une analyse prétendument experte ou comme un mème.
Pourquoi le segment russe est un problème distinct pour Israël
Il ne s’agit plus de marginalités
L’espace russophone a longtemps été perçu par de nombreux Israéliens comme un milieu plus ou moins pragmatique. Oui, avec un style lourd, oui, avec du cynisme, oui, avec de l’agressivité politique. Mais pas comme le principal porteur de l’agenda anti-israélien. Les données fournies par LS Group montrent que cette perception est dépassée. Le segment russe aujourd’hui est l’une des grandes routes par lesquelles se propagent les interprétations anti-israéliennes de la guerre. Et il le fait à travers des plateformes qui lui sont familières : Telegram, VK, YouTube.
Il est important ici de ne pas simplifier. Le problème ne se résume pas seulement à la ligne officielle russe, bien que son influence, bien sûr, ne soit pas partie. La question est plus large.
La langue russe est depuis longtemps devenue une enveloppe pratique pour des flux très divers : ressentiment anti-occidental, conspirationnisme, pseudo-réalisme, cynisme belliqueux et haine politique mème. Dans ce contexte, Israël devient facilement une cible pratique. Il peut être présenté à la fois comme un « agresseur », comme un « outil des États-Unis », comme un « provocateur de guerre mondiale », et comme un « Occident hypocrite en miniature ». Pour un public désorienté, de telles constructions fonctionnent étonnamment bien.
La langue russe ne peut plus être considérée comme un arrière-plan neutre
C’est peut-être la principale conclusion pour le public israélien. Si la langue russe fait partie des cinq principaux porteurs de récits anti-israéliens, cela signifie que le champ d’information russophone doit être considéré non plus comme un arrière-plan secondaire, mais comme une direction de sécurité de l’information. Non seulement externe, mais aussi interne. Au milieu de ce tableau inquiétant, НАновости — Nouvelles d’Israël | Nikk.Agency voient une chose clé : il ne s’agit pas d’un débat d’opinions et pas d’une polémique grossière habituelle sur les réseaux sociaux, mais d’une pression systémique sur la perception d’Israël dans l’un des milieux linguistiques les plus sensibles pour le pays.
C’est pourquoi la réaction à de telles données ne doit pas se limiter à l’indignation. Une question plus sobre est nécessaire ici : qui en Israël travaille réellement avec l’espace russophone comme un véritable front, et non comme une archive d’une vieille habitude de rapatriement ?
Quels récits poussent cette vague
La formule principale — Israël comme agresseur, l’Iran comme prétendument défendant
Selon les données présentées dans l’article, le récit le plus répandu est la formule « Les États-Unis et Israël — agresseurs, l’Iran se défend » — 29%. Ensuite vient la thèse selon laquelle « la destruction du régime sioniste est proche » — 22%, puis la version selon laquelle « l’alliance américano-israélienne provoque une guerre mondiale » — 18%. Plus bas dans la liste se trouvent des constructions sur « l’empire du mal », « les doubles standards de l’Occident », « les négociations trompeuses de Trump » et des théories conspirationnistes sur les frappes nucléaires et le changement de régime.
L’important ici n’est pas que toutes ces formules soient déjà connues. Ce qui est plus important, c’est qu’elles fonctionnent simultanément dans plusieurs langues et pour différents publics. Quelque part — à travers la solidarité religieuse. Quelque part — à travers la peur d’une guerre mondiale. Quelque part — à travers l’antiaméricanisme. Et dans le segment russe, elles se masquent particulièrement facilement sous un prétendu discours géopolitique sobre. Pas un cri, mais un sourire. Pas un slogan, mais « regardons honnêtement ». Un tel emballage est souvent plus dangereux qu’une insulte directe.
Des insultes à la pseudo-analyse — tout le spectre est déjà en jeu
NEWSru.co.il écrit que l’analyse était basée sur le lexique, la tonalité, le cadrage et la coloration émotionnelle du contenu. Parmi les thèmes récurrents figuraient l’attribution de la responsabilité, la solidarité confessionnelle, la rationalisation de la guerre par le pétrole, l’argent et la logistique, le lexique invectif, l’engagement émotionnel et le pessimisme géopolitique. C’est un bon aperçu de la façon dont fonctionne aujourd’hui la rhétorique anti-israélienne moderne : elle ne se compose plus seulement de haine directe. Elle sait aussi apparaître comme un cri de rue grossier, et comme une analyse apparemment calme et calculée.
Pour Israël, cela signifie une chose simple mais désagréable. La lutte ne se fait pas seulement contre le mensonge, mais aussi contre ses stylisations. Pas seulement contre l’antisémitisme direct, mais aussi contre son emballage « intelligent ». Pas seulement contre les radicaux, mais aussi contre ceux qui créent l’apparence d’un commentaire neutre, mais en réalité répètent les mêmes schémas : Israël est coupable, l’Occident est hypocrite, l’Iran est acculé, le monde roule vers l’abîme à cause des sionistes et de Washington.
D’où la conclusion. La publication est importante non pas parce qu’elle contient un chiffre retentissant sur la langue russe. Elle est importante parce qu’elle montre l’architecture du problème. Le flux anti-israélien croît. Il est multilingue. Il ressent bien les plateformes. Et la langue russe dans ce système n’est plus un observateur, mais un participant à part entière. Pour Israël, ce n’est pas une question d’image et même pas une question d’un cycle d’actualités. C’est une question de résilience de la société en temps de guerre.