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Le 28 juin 2026, une vidéo de la rencontre du projet «Comprendre Israël», consacrée aux courants religieux et aux secteurs en Israël, a été publiée sur la chaîne World Israel Beytenu.

Ce n’était pas une conférence sèche sur les termes.

La conversation entre Sophie Ron-Moria et Levi Tabachnikov a été une tentative d’expliquer pourquoi il est impossible de vraiment comprendre Israël moderne sans comprendre les groupes religieux et sociaux internes : sa politique, son armée, son éducation, ses conflits, ses élections, sa culture et sa vie quotidienne.

L’invitée de l’émission était Sophie Ron-Moria — avocate, journaliste, publiciste, écrivaine, chroniqueuse pour «Maariv» et participante à des débats sur la chaîne 9. Dans la conversation, elle a été présentée comme représentante du milieu national-religieux, c’est-à-dire du sionisme religieux — ce secteur souvent appelé en Israël «kippot tricotées» ou datim-leumim.

L’animateur de la rencontre était Levi Tabachnikov. Il a présenté le sujet comme faisant partie d’une série de rencontres «Comprendre Israël» du projet «Beytenu Olami», où divers spécialistes et habitants du pays aident à comprendre comment la société israélienne, l’État d’Israël et la vie juive en son sein sont organisés. Levi Tabachnikov est un officier de réserve de l’Armée de défense d’Israël (Tsahal), un activiste social et politique. Immigrant de Donetsk (Ukraine), il est activement engagé dans des activités bénévoles, de défense des droits et d’information.

Nous recommandons de regarder cette vidéo en entier ici – https://www.youtube.com/watch?v=xZwmcFy1nQ8 : la conversation s’est avérée importante pour comprendre comment Israël est structuré aujourd’hui de l’intérieur — à travers la religion, l’armée, l’éducation, le travail, les avantages et la question de la responsabilité collective après le 7 octobre.

Pour ceux qui préfèrent lire, НАновости — Nouvelles d’Israël Nikk.Agency ont préparé des extraits de l’émission : nous avons rassemblé des thèses, des chiffres et des fragments de la conversation qui nous ont semblé les plus importants et intéressants pour comprendre l’avenir de l’État démocratique juif.

Le principal conflit : plus seulement la sécurité, mais l’organisation de l’État

Au début de la conversation, Levi Tabachnikov a posé le cadre : même si l’on met de côté le conflit israélo-arabe, les relations avec les pays musulmans et la question palestinienne, une profonde polarisation est ressentie aujourd’hui au sein de la société juive d’Israël.

Selon lui, il ne s’agit pas seulement de divergences politiques, mais de différentes conceptions de ce que devrait être Israël.

Sophie Ron-Moria a répondu qu’au cours des 10 à 15 dernières années, surtout après le 7 octobre, la société israélienne s’est nettement déplacée vers la droite. La question de l’avenir de la Judée et de la Samarie, selon elle, est aujourd’hui largement consensuelle : la majorité des Israéliens s’opposent aux concessions territoriales.

C’est pourquoi, selon elle, la ligne de la principale confrontation interne a changé.

Si auparavant le débat politique se concentrait souvent sur la question de la création d’un État palestinien entre le Jourdain et la mer Méditerranée, maintenant que la majorité ne soutient pas cette idée, le focus s’est déplacé vers autre chose : quel devrait être l’État d’Israël lui-même.

Il s’agit de la religion et de l’État, du statut des différents groupes au sein de la société juive, du service militaire, du système éducatif, du travail, des impôts, des droits et des devoirs.

Sophie Ron-Moria a formulé sa position personnelle de manière très ferme : en tant que juive religieuse depuis l’âge de 17 ans, elle est catégoriquement contre la création d’un État religieux en Israël.

Elle a souligné qu’en tant que personne religieuse, elle craint le modèle théocratique et veut faire tout son possible pour qu’Israël ne suive pas cette voie.

Selon elle, le débat actuel est un débat sur la question de savoir si l’État juif doit se développer selon le modèle démocratique occidental ou se diriger vers la théocratie. Elle a rappelé que les États théocratiques modernes existent principalement à l’Est et sont musulmans.

Elle a également noté que ces derniers mois, la confrontation s’est particulièrement intensifiée en raison de la question de l’enrôlement des ultra-orthodoxes dans l’armée.

Qui est qui : laïcs, traditionnels, sionistes religieux et haredim

La conversation a mis en évidence les principaux groupes de la société juive d’Israël : les laïcs, les juifs traditionnels — masortim, les sionistes religieux ou religieux nationaux — datim-leumim, «kippot tricotées», et les ultra-orthodoxes — haredim.

Sophie Ron-Moria a immédiatement précisé une chose importante : les «kippot tricotées», les sionistes religieux et les datim-leumim sont un seul et même groupe principal, bien qu’il y ait des sous-groupes et des différences significatives en son sein.

Pour expliquer, elle a utilisé une image de son livre «Gauche, droite, où est le côté». Dans le livre, selon elle, il y a des chapitres sur les conflits israéliens clés : la réforme judiciaire, la droite et la gauche, les ultra-orthodoxes, la ségrégation de genre, le service militaire et la gradation interne des groupes religieux.

Un des chapitres s’appelle «Chats et tigres».

Le sens de cette métaphore est simple : tous les tigres appartiennent à la famille des félins, mais tous les chats ne sont pas des tigres.

De même, selon Sophie Ron-Moria, tous les haredim sont orthodoxes, mais tous les juifs orthodoxes ne sont pas haredim.

C’est une distinction importante, car dans la politique israélienne et le débat public, on mélange souvent intentionnellement différents groupes, en disant que tous les juifs religieux sont les mêmes. Sophie Ron-Moria a souligné le contraire : les juifs religieux sont différents, et il n’y a rien d’inhabituel à cela.

Haredim : pas une norme ancienne, mais une réaction du XIXe siècle

Un des principaux arguments de la conversation concernait l’origine des haredim.

Sophie Ron-Moria s’est opposée à l’idée répandue selon laquelle le mode de vie ultra-orthodoxe a toujours existé sous sa forme actuelle, presque depuis l’époque du mont Sinaï.

Selon elle, les haredim dans leur compréhension actuelle sont un phénomène relativement nouveau dans l’histoire juive. Son origine est liée au XIXe siècle et à la réaction à l’émancipation des juifs en Europe, à l’époque de Napoléon, à la possibilité pour les juifs d’entrer dans la société européenne, de recevoir une éducation, des professions, d’aller à l’université.

Dans ce contexte, le mouvement Haskala — l’illumination juive — est né. Et la réaction à cela a été une radicalisation dans l’autre sens.

Sophie Ron-Moria a même qualifié les haredim de «réformistes» — mais pas dans le sens du mouvement pour alléger la pratique religieuse, mais comme une réforme vers un durcissement radical. Selon sa formulation, si le judaïsme réformé se dirigeait vers un allègement, les haredim sont une réforme vers l’ajout d’interdictions et de restrictions.

Elle a estimé l’âge de ce phénomène à environ 150-200 ans, soulignant que le Haskala et le judaïsme réformé sont même un peu plus anciens que le mouvement ultra-orthodoxe moderne.

Elle a également parlé de la radicalisation de l’apparence et des normes de modestie.

Selon elle, les juives italiennes de la Renaissance ressemblaient à peu près à leurs voisines à Rome, Vérone et Florence : les épouses de citadins aisés portaient des couvre-chefs, mais ne couvraient pas complètement leurs cheveux, et pouvaient porter des robes ouvertes avec un décolleté.

Elle a également noté que sur les photos du début du XXe siècle, les épouses des rabbins de Habad et de la direction lituanienne ne ressemblaient pas du tout aux femmes haredim modernes : elles portaient des chapeaux à larges bords, sous lesquels on voyait de vrais cheveux. Les hommes coupaient court leur barbe et portaient des costumes clairs.

Selon elle, la radicalisation de l’apparence et des normes de vie a commencé après la Seconde Guerre mondiale.

Chiffres des haredim : combien sont-ils, comment se divisent-ils et où vivent-ils

La conversation a mentionné une estimation : aujourd’hui en Israël, il y a environ 1 250 000 haredim, soit environ un million et quart.

Plus de 50% des haredim ont moins de 19 ans.

La raison en est la haute natalité. La conversation a mentionné une estimation d’environ 6 enfants par femme.

Au sein du secteur haredim, Sophie Ron-Moria a identifié plusieurs groupes principaux.

La direction lituanienne — les lituaniens, ou litaim — environ 29-32%.

Les hassidim — environ 30-35%.

Les haredim orientaux, séfarades — environ 33-35%.

Habad est à part. Selon Sophie Ron-Moria, les habadniks sont très visibles, surtout dans l’espace public, mais en Israël, ils représentent environ 6%. Dans la diaspora, ils sont plus visibles et nombreux.

Il y a aussi les haredim modernim, ou «haredim light» — environ 11%. Ce sont des ultra-orthodoxes qui obtiennent un diplôme, vont étudier, parfois servent dans l’armée. Pour eux, il existe déjà des yeshivas militaires haredim spéciales. La conversation a mentionné que ce groupe est proche des Modern Orthodox aux États-Unis, et une partie de ces personnes sont des immigrants d’Europe et des États-Unis, habitués à un autre mode de vie.

La géographie des haredim en Israël a été décrite séparément.

À Jérusalem, selon l’estimation mentionnée, il y a presque 300 000 haredim.

Bnei Brak a été décrit comme une ville presque entièrement haredim.

Beit Shemesh — environ 90 000 haredim.

Modiin Illit — environ 76 000.

Beitar Illit près de Gush Etzion — environ 59 000.

La conversation a également mentionné Elad, Ashdod avec environ 57 000 haredim, ainsi que Arad, Petah Tikva, Haïfa et Rehovot, où il y a aussi des groupes haredim notables.

Pourquoi les haredim sont en conflit avec le sionisme

Levi Tabachnikov a posé la question directement : existe-t-il une contradiction entre le sionisme et la vision du monde haredim, et le conflit entre un juif sioniste et un juif ultra-orthodoxe est-il nouveau ?

Sophie Ron-Moria a répondu : le conflit n’est pas nouveau.

Selon elle, depuis le début du mouvement sioniste, la direction ultra-orthodoxe a eu des objections théologiques à la création d’un État juif avant la venue du Messie.

Elle a fait référence aux soi-disant «trois serments» du traité Ketubot : « ne pas monter en Israël comme un mur », « ne pas trop se quereller avec les nations du monde » et « ne pas hâter la venue du Messie ». Dans l’interprétation haredim, ces serments entrent en contradiction avec le sionisme.

Cette position, selon elle, est partagée par les hassidim et les lituaniens.

Cependant, les dirigeants d’Agudat Israel ont signé la Déclaration d’indépendance d’Israël. Mais, comme l’a expliqué Sophie Ron-Moria, ils ont reconnu l’État plutôt de facto que de jure : pas comme quelque chose qui devait être créé à l’origine, mais comme un fait qui existe déjà.

De là, selon elle, découle l’explication théologique du refus de servir dans l’armée.

Sophie Ron-Moria a rappelé que Maïmonide a des catégories de guerres commandées. Parmi elles, la guerre pour la terre d’Israël et la guerre défensive. Du point de vue des sionistes religieux, ces catégories sont pertinentes aujourd’hui, car Israël mène précisément ces guerres.

Mais les haredim, selon son explication, affirment autre chose : puisque l’État d’Israël, selon eux, n’avait pas besoin d’être créé avant la venue du Messie, les guerres de l’État d’Israël ne sont pas pour eux des guerres commandées.

Elle a également souligné un point symbolique important : dans la plupart des synagogues ultra-orthodoxes du monde, on prie pour le bien-être des pays où vivent ces communautés, et souvent pour le bien-être de l’État d’Israël. Mais en Israël, selon elle, la prière pour le bien-être de l’État d’Israël n’est prononcée que dans les synagogues des «kippot tricotées», c’est-à-dire des sionistes religieux.

Ce n’est pas seulement Neturei Karta : ce que Sophie Ron-Moria a dit sur le courant dominant haredim

La conversation a également mentionné que le scepticisme envers l’État d’Israël n’est pas seulement la position du groupe radical Neturei Karta.

Sophie Ron-Moria a dit que les observateurs extérieurs essaient souvent d’expliquer : il y a, disent-ils, quelques centaines de familles Neturei Karta, elles ne prennent pas d’argent de l’État, et ce sont elles qui expriment l’antisionisme extrême. Mais, selon elle, le problème est plus large.

Elle a donné l’exemple du système «hinukh haredi atzmai» — l’éducation haredim indépendante, indépendante avant tout de l’État. Selon elle, ce système maintient précisément cette approche de l’État qu’elle a décrite.

À titre d’exemple, elle a raconté l’histoire d’un ami qui travaillait comme inspecteur lors des examens du ministère de l’Éducation. Dans les écoles du système Shas, qu’elle a qualifiées de moins extrêmes que les écoles ultra-orthodoxes ashkénazes, on passe parfois les examens du ministère de l’Éducation et on obtient un diplôme partiel.

Mais avant de distribuer les brochures d’examen aux enfants, l’administration collait des autocollants spéciaux sur l’emblème d’Israël pour que les élèves ne le voient pas. Après la remise des travaux, les autocollants étaient retirés et les brochures renvoyées au ministère.

Sophie Ron-Moria a qualifié d’absurde le fait qu’un tel système éducatif soit financé par l’État d’Israël.

Haredim qui travaillent : pourquoi leur propre courant dominant ne les aime pas

Une partie distincte de la conversation a été consacrée aux «haredim light» et aux ultra-orthodoxes qui travaillent.

Sophie Ron-Moria a dit que les haredim modernim ressemblent beaucoup aux Modern Orthodox aux États-Unis. Ils peuvent recevoir une éducation, travailler, parfois servir dans l’armée. Mais le courant dominant haredim, selon elle, les traite durement et ne les aime pas.

Elle a expliqué cela par le fait que les deux principaux partis ultra-orthodoxes — Shas et Yahadut HaTorah — représentent en fait les intérêts des ultra-orthodoxes qui ne travaillent pas.

Un haredi qui travaille, selon elle, est souvent considéré comme un membre de la communauté de second ordre. Il n’a pas de représentation politique complète, et il est même considéré comme moins attractif sur le marché matrimonial.

Au début du XXIe siècle, il y a eu une tentative de créer le parti TOV — le parti des ultra-orthodoxes qui travaillent. Il a commencé au niveau municipal, mais, selon Sophie Ron-Moria, le parti Shas a rapidement montré sa place et a pratiquement détruit ce projet.

Elle a également rappelé le mouvement Poalei Agudat Israel, créé en 1922. C’était un courant haredim ouvrier, mais en même temps sioniste. Il a existé jusqu’aux années 1980, puis a pratiquement disparu.

Argent, armée et trésor public : où Sophie Ron-Moria voit la solution

Une des questions des commentaires concernait un plan possible pour régler les relations entre l’État d’Israël et le secteur ultra-orthodoxe.

Sophie Ron-Moria a dit qu’au cours de toutes ses années de vie en Israël, elle attendait que les Israéliens se réveillent et commencent à résoudre ce problème. Elle est arrivée en Israël en 1989 et a qualifié le moment actuel de presque «venue du Messie» dans le sens où la société commence enfin à voir le problème.

Sa solution a été formulée simplement : arrêter de financer le système éducatif ultra-orthodoxe anti-étatique et le système qui incite les hommes adultes à ne pas travailler et à ne pas servir dans l’armée.

Elle a donné l’exemple d’un réserviste de la classe moyenne avec un jeune enfant.

Selon elle, un tel réserviste, qui sert, travaille et gagne environ 15 000 shekels nets, peut payer environ 4 000 shekels par mois pour une crèche.

Son homologue ultra-orthodoxe, qui n’a jamais servi dans l’armée, peut payer environ 400 shekels pour la même crèche — 10 fois moins — grâce à une réduction spéciale.

Sophie Ron-Moria a souligné qu’une telle réduction existe sous une forme similaire pour les familles où les deux parents travaillent. Mais quand un des parents ne travaille pas et est considéré comme un «étudiant éternel», une telle réduction existe en fait uniquement pour les ultra-orthodoxes.

Elle a également dit qu’au total, une famille ultra-orthodoxe reçoit environ 5 000 shekels par mois de l’État par divers mécanismes : bourses, réductions, bons alimentaires, acquisition de logement à prix réduit et autres formes de soutien.

À son avis, l’État d’Israël dans cette situation «se tire une balle dans le pied» : au lieu d’encourager ceux qui servent dans l’armée et remplissent les caisses, il encourage ceux qui ne servent pas et ne remplissent pas le budget.

Elle a rappelé qu’Avigdor Lieberman, lorsqu’il était ministre des Finances, a tenté d’annuler cette réduction. La Cour suprême, la BAGATZ, n’a pas interdit l’idée en substance, mais a indiqué qu’il n’était pas possible d’annuler la réduction immédiatement, car l’année scolaire avait déjà commencé, et a proposé de reporter le changement à l’année suivante. Ensuite, le gouvernement est tombé, et la réforme n’a pas été achevée.

C’est pourquoi, selon Sophie Ron-Moria, l’État doit cesser de financer en priorité les groupes qui ne travaillent pas.

GMAH et trésor public

La conversation a mentionné la question des GMAH — systèmes d’entraide et de prêts sans intérêt au sein de l’environnement religieux.

Sophie Ron-Moria a expliqué que le GMAH est l’octroi organisé de prêts sans intérêt.

Parfois, ces structures existent comme des amutot, c’est-à-dire des organisations à but non lucratif, et peuvent recevoir un soutien de l’État. Parfois, elles fonctionnent sans ce soutien.

Mais, selon elle, les GMAH ne sont pas le système qui soutient le monde ultra-orthodoxe d’Israël.

Le principal système qui le soutient est le trésor public.

Sionistes religieux : «kippot tricotées» et leurs groupes internes

Après la discussion sur les haredim, la conversation est passée aux sionistes religieux — «kippot tricotées», datim-leumim.

Levi Tabachnikov a rappelé que cette direction n’a pas toujours existé sous sa forme actuelle, elle s’est formée de manière complexe, notamment à travers les idées du Rav Raines et du Rav Kook. Mais Sophie Ron-Moria a proposé de ne pas approfondir l’histoire, car cela nécessiterait deux heures distinctes, et de passer à la situation contemporaine.

Le chiffre principal : selon son estimation, il y a environ 1 400 000 sionistes religieux en Israël. C’est-à-dire qu’ils sont plus nombreux que les haredim.

Au sein du sionisme religieux, elle a distingué trois groupes principaux.

Le premier est le hardal, ou haredi-dati-leumi. C’est une direction qui, sur le plan social et religieux, rappelle beaucoup les ultra-orthodoxes, mais qui s’en distingue fondamentalement en reconnaissant l’État d’Israël, en servant dans l’armée et en travaillant.

Selon Sophie Ron-Moria, le hardal était auparavant une petite direction, mais en tant que grand groupe, il s’est formé vers les années 1990. Aujourd’hui, il représente presque un tiers du secteur religieux-sioniste et croît plus rapidement, car ces familles ont plus d’enfants.

Le deuxième groupe est le courant principal du sionisme religieux, environ 40-45%.

Le troisième est les libéraux ou modernim, des sionistes religieux plus modernes, environ 28%.

Sophie Ron-Moria a noté qu’il est plus difficile de tracer la frontière entre le courant principal et les libéraux, tandis que le hardal se tient à part.

Les colons et les « kippas tricotées » ne sont pas la même chose.

Une des clarifications importantes dans la conversation concernait la confusion répandue : tous les colons ne sont pas des sionistes religieux, et tous les sionistes religieux ne sont pas des colons.

Sophie Ron-Moria a dit qu’aujourd’hui, environ 600 000 Israéliens vivent au-delà de la ligne verte.

Parmi eux, les « kippas tricotées » représentent un peu plus d’un tiers.

Les autres sont des Israéliens laïcs et traditionnels vivant dans de grandes localités près de la ligne verte, comme Maale Adumim et Ariel, ainsi qu’environ 100 000 haredim vivant dans des endroits comme Beitar Illit et Immanuel.

Même parmi les colonies elles-mêmes, il existe différents types.

Efrat, Gush Etzion, Elkana ont été nommées comme des colonies plus libérales.

Les petites colonies dans les montagnes, ainsi qu’une partie des colonies dans la région d’Hébron, selon elle, sont plus souvent associées à la direction hardal.

À la question sur la « jeunesse des collines », elle a répondu que ce n’est pas la même chose que le hardal. La jeunesse des collines, selon elle, se tient à part.

Smotrich ne représente pas tous les sionistes religieux.

Sophie Ron-Moria a expliqué séparément la confusion politique autour du parti « Sionisme religieux » de Bezalel Smotrich.

Selon elle, ce parti ne représente pas tout le secteur religieux-sioniste, mais principalement la direction hardal.

C’est pourquoi, selon son estimation, le parti de Smotrich aujourd’hui oscille à la limite du seuil électoral. S’il représentait tout le courant principal du sionisme religieux, il entrerait au Knesset de manière beaucoup plus assurée.

Sophie Ron-Moria a également rappelé que de nombreux sionistes religieux vivent à l’intérieur de la ligne verte : à Jérusalem, Modiin, Raanana, Petah Tikva, dans le sud du pays, à Sderot et ailleurs.

La plupart des « kippas tricotées », selon elle, ne vivent pas dans les colonies, bien que beaucoup se solidarisent avec le mouvement des colons.

Comment distinguer le hardal des autres sionistes religieux.

Sophie Ron-Moria a expliqué que le hardal se distingue avant tout par son mode de vie.

Chez les hardalniks, selon elle, la séparation des sexes peut commencer dès 3-4 ans. Ils ont un code vestimentaire strict.

Un homme hardalnik peut souvent être reconnu par une kippa plus grande et une barbe.

Chez un sioniste religieux plus libéral, la kippa est généralement plus petite, et il peut ne pas avoir de barbe. Elle a donné un exemple personnel : son mari rase sa barbe et ne se rase pas seulement pendant les jours de deuil, quand cela est interdit.

Les femmes des différentes directions du sionisme religieux ont également des apparences différentes, car le code vestimentaire à l’intérieur des sous-groupes diffère.

En même temps, Sophie Ron-Moria a brièvement noté qu’il y a aussi des communautés conservatrices et réformistes en Israël, mais elles sont relativement peu nombreuses, donc elles n’ont pas été abordées séparément dans la conversation.

La Torah et la vie réelle : la réponse religieuse-sioniste aux haredim.

Levi Tabachnikov a formulé la base idéologique du sionisme religieux à travers trois concepts : la Torah d’Israël, la terre d’Israël et l’État d’Israël.

Sophie Ron-Moria a répondu que, si l’on tient compte du caractère relativement nouveau du mouvement ultra-orthodoxe, le judaïsme naturel n’est pas l’isolement du monde, mais la Torah im derech eretz, c’est-à-dire la Torah avec la vie réelle.

Selon elle, un juif ne doit pas se fermer derrière des murs par peur que, en regardant dehors, il commence immédiatement à enfreindre les commandements.

Elle a posé la question : si les haredim disent qu’un jeune homme, en entrant dans l’armée, enlèvera sa kippa, alors qu’est-ce qu’on lui a enseigné ?

De son point de vue, un juif doit être capable de vivre dans un monde où tout le monde n’est pas comme lui et de maintenir sa foi et sa pratique dans la vie réelle.

Comme exemple religieux, elle a rappelé le passage hebdomadaire « Shlach » sur les éclaireurs. Selon son interprétation, les éclaireurs exprimaient en grande partie cette approche qui deviendra plus tard similaire à l’ultra-orthodoxe : comme s’il était impossible de respecter la Torah tout en étant agriculteur, guerrier, homme de la vie réelle.

C’est précisément cette approche, selon elle, qui a été reconnue comme incorrecte.

Elle a également rappelé que dans le Shulchan Aruch, il est dit : un homme doit subvenir aux besoins de sa femme et de ses enfants, et ne pas rester toute sa vie un élève de yeshiva pendant que sa femme travaille.

Selon elle, le modèle à vie « élève de yeshiva jusqu’aux cheveux gris » contredit l’approche initiale du judaïsme.

Elle a souligné : à l’étranger, les juifs ne vivent pas en masse de cette manière, car il n’y a pas d’État d’Israël qui pourrait soutenir un grand nombre d’élèves de yeshiva toute leur vie.

Le hardal peut-il devenir un secteur distinct.

Sophie Ron-Moria a supposé que dans 10 ans, le hardal pourrait se distinguer en un groupe séparé.

Elle a expliqué cela par le critère des mariages : si les membres du sous-groupe se marient principalement entre eux, cela pourrait devenir un secteur distinct avec le temps.

Selon elle, aujourd’hui, les hardalniks se rencontrent principalement et se marient entre eux, les libéraux avec les libéraux, et un libéral peut épouser une fille du courant principal. Mais entre le hardal et le sionisme religieux libéral, de tels mariages sont beaucoup moins typiques.

L’État doit-il soutenir les familles haredim nombreuses.

Une des questions des auditeurs concernait la possibilité de réduire réellement le soutien aux familles ultra-orthodoxes si elles ont beaucoup d’enfants.

Sophie Ron-Moria a répondu que les critères d’aide devraient être les mêmes pour toutes les familles nombreuses – haredim, religieuses-sionistes, traditionnelles ou laïques.

Si une famille est pauvre, elle doit être aidée par le service social. Mais le père, selon elle, doit aller travailler. S’il ne travaille pas, il ne doit pas recevoir d’avantages particuliers uniquement en raison de son appartenance au secteur ultra-orthodoxe.

Elle a rappelé la position de Benjamin Netanyahu lorsqu’il était ministre des Finances dans le gouvernement d’Ariel Sharon au début des années 2000 : si vous voulez avoir des enfants, travaillez pour les entretenir.

Démographie : « nous sommes condamnés » ou pas encore.

Levi Tabachnikov a soulevé la question des prévisions inquiétantes : beaucoup pensent que les ultra-orthodoxes deviendront tôt ou tard majoritaires, l’économie ne tiendra pas, l’armée ne tiendra pas, et l’État se retrouvera dans une impasse.

Sophie Ron-Moria a répondu qu’il ne faut pas se transformer en Cassandre et faire des prévisions démographiques définitives pour Israël.

Elle a rappelé l’histoire de Shimon Peres, qui en 1989, discutant de la Judée et de la Samarie, disait que si un million de rapatriés venaient de l’Union soviétique, alors la question serait différente, mais cela, disait-il, n’arriverait jamais. Un an ou deux plus tard, une aliyah massive a commencé, et ce même million est arrivé.

C’est pourquoi, selon elle, Israël est un pays où les prévisions géopolitiques et démographiques se brisent souvent. Une nouvelle aliyah est possible, y compris des États-Unis.

Mais cela ne signifie pas que le problème peut être ignoré. Les haredim doivent aussi nourrir leurs enfants, et le système doit être changé.

L’étude de la Torah peut-elle apporter des innovations à l’économie.

Un des auditeurs a demandé si l’étude de la Torah pouvait devenir un facteur d’augmentation de la productivité et des innovations dans l’économie israélienne.

Sophie Ron-Moria a répondu : cela peut, mais seulement si elle est combinée avec l’étude de l’économie, des ordinateurs, de la physique, des mathématiques et d’autres disciplines modernes.

Elle a rejeté le mythe répandu selon lequel une personne qui n’a étudié que la Gemara a tellement entraîné son cerveau qu’elle rattrapera facilement tout le monde dans le grand monde.

Selon elle, les statistiques montrent le contraire : les personnes issues des communautés ultra-orthodoxes qui vont ensuite obtenir une profession et une éducation sont environ un tiers en retard par rapport à leurs pairs.

Elle a souligné que l’étude de la Gemara peut vraiment entraîner la pensée, mais seulement en combinaison avec une éducation moderne.

Comme exemple, elle a rappelé le Rav Yosef Dov Soloveitchik, l’un des leaders de l’Orthodoxie moderne, qui conseillait aux jeunes juifs américains, pensant devenir rabbins, d’obtenir une éducation sérieuse et de faire un doctorat.

Les haredim peuvent-ils servir, travailler et rester haredim.

À la fin de la conversation, une question clé a été posée : si les ultra-orthodoxes doivent accepter le contrat social israélien – éducation, travail, service militaire, participation au système général des obligations – pourront-ils rester haredim ?

Sophie Ron-Moria a répondu : oui, ils pourront.

Elle a rappelé qu’en 1973, pendant la guerre de Kippour, des véhicules militaires circulaient dans Bnei Brak et emmenaient des hommes des synagogues. À l’époque, une partie importante des ultra-orthodoxes servait dans l’armée et travaillait. Les familles n’avaient pas 10-15 enfants, mais 7-8.

Selon elle, le tournant a eu lieu après 1977, lorsque Menachem Begin est arrivé au pouvoir et qu’un système de confrontation politique entre le Likoud et le Parti travailliste s’est mis en place, dans lequel les partis haredim étaient constamment « rachetés ». C’est à ce moment-là, selon elle, que le quota, autrefois introduit par David Ben-Gourion, a été détruit.

Elle a également souligné la diaspora : les haredim américains travaillent et restent haredim. De plus, aux États-Unis et en Europe, vivre une vie haredim est plus difficile qu’en Israël, car il n’y a pas une telle infrastructure et un soutien étatique comme dans l’État juif.

Par conséquent, travailler, servir et maintenir une identité haredim est possible.

L’expérience personnelle de Sophie Ron-Moria.

Sophie Ron-Moria a également parlé d’elle-même.

Au milieu des années 1980, alors qu’elle avait 15 ans, elle a fugué des cours et est allée à la synagogue de Leningrad. Là, elle est entrée dans les cercles juifs, et à 17 ans, elle a fait techouva et est devenue religieuse.

Elle est arrivée en Israël en 1989 déjà en tant que personne religieuse.

Elle a avoué que les haredim israéliens ont été un choc pour elle. Les haredim à Leningrad, selon elle, avaient une apparence et une vie différentes.

Elle a également parlé de son fils. Elle a trois fils, le plus jeune a maintenant 21 ans. Il étudie dans une yeshiva militaire, peu après le 7 octobre, il est allé à l’armée, a combattu à Gaza, puis est retourné à la yeshiva et doit à nouveau aller à l’armée. Il sert dans les unités de combat.

Sophie Ron-Moria a souligné : on peut vivre ainsi. Son fils n’a pas enlevé sa kippa. Aucun de ses trois fils n’a enlevé sa kippa.

Selon elle, si un jeune homme enlève sa kippa en rencontrant un autre monde, la question n’est pas à l’armée, mais à ce qu’on lui a enseigné.

Qui a vraiment peur du changement.

Une des dernières questions concernait l’affirmation selon laquelle les laïcs ou les sionistes religieux veulent « briser » le mode de vie haredim et forcer les ultra-orthodoxes à cesser d’être eux-mêmes.

Sophie Ron-Moria a rejeté cela.

Selon elle, après le 7 octobre, alors qu’Israël a un besoin si urgent de soldats, dire que la question du service n’est qu’une tentative de remodeler les haredim est impossible.

Elle estime que l’objectif des laïcs et des sionistes religieux n’est pas de détruire le mode de vie haredim, mais d’établir une participation équitable aux obligations communes.

La principale peur, selon elle, se trouve à l’intérieur de la direction haredim. C’est la peur du contact avec le monde extérieur et la peur de perdre le contrôle.

Elle a donné l’exemple d’un collège haredim où elle voulait étudier pour devenir avocate il y a environ 10 ans. Il y avait un code vestimentaire strict : collants, manches sous le coude, restrictions sur les boucles d’oreilles, interdiction des bijoux volumineux, vernis uniquement de couleur rose pâle, interdiction des bottes. De plus, les règles s’appliquaient non seulement à l’intérieur du collège, mais aussi à l’extérieur.

Selon elle, ces règles ne sont pas nécessaires parce que les gens extérieurs veulent remodeler les haredim, mais parce que le système lui-même a peur : ses femmes verront un autre mode de vie et voudront faire de même.

Elle a également rappelé la période de la pandémie, lorsque, selon elle, les dirigeants ultra-orthodoxes exigeaient que les jeunes haredim ne soient pas logés avec les « kippas tricotées », craignant leur influence.

La principale raison de la peur, selon elle, est qu’un haredi qui va à l’armée revient dans la communauté déjà moins dépendant de la direction ultra-orthodoxe. Il peut aller travailler, peut voter pour qui il veut, peut prendre des décisions de manière autonome.

C’est précisément la perte de contrôle, selon elle, qui effraie le plus la direction haredim.

Après le 7 octobre, la position des sionistes religieux a changé.

À la fin, Levi Tabachnikov a demandé à Sophie Ron-Moria si sa position était minoritaire au sein du secteur religieux-sioniste.

Elle a répondu que si cette question avait été posée il y a 5 ans, elle aurait dit : oui, c’est une minorité, environ les mêmes 27-28% de sionistes religieux libéraux et modernes qui ne veulent pas de l’haredisation d’Israël.

Mais après le 7 octobre, selon elle, la situation a changé.

Aujourd’hui, Sophie Ron-Moria estime que la majorité des « kippas tricotées » comprend que cela ne peut pas continuer ainsi.

Ce qui était autrefois la position d’une minorité libérale au sein du sionisme religieux est devenu, après la guerre, beaucoup plus proche du consensus du secteur.

Pourquoi cette vidéo est importante pour comprendre Israël.

Cette rencontre du projet « Comprendre Israël » montre que la carte religieuse d’Israël est beaucoup plus complexe que la division habituelle entre « laïcs » et « religieux ».

Dans le monde religieux, il y a les haredim, les sionistes religieux, le hardal, le courant principal, les datim-leumim libéraux, les ultra-orthodoxes qui travaillent, les habadniks, les lituaniens, les hassidim, les haredim séfarades et d’autres groupes.

Mais le principal conflit qui traverse toute la conversation n’est pas seulement religieux.

C’est un conflit sur le contrat social.

Qui sert dans l’armée.

Qui travaille.

Qui reçoit une éducation.

Qui paie des impôts.

Qui reçoit des avantages.

Qui reconnaît l’État d’Israël non seulement comme un fait, mais aussi comme une valeur.

Qui est prêt à participer au destin commun du pays.

En ce sens, la conversation entre Sophie Ron-Morii et Levi Tabachnik est importante non seulement pour ceux qui s’intéressent à la religion. Elle est importante pour tous ceux qui veulent comprendre pourquoi la controverse sur les haredim, l’armée et l’éducation est devenue l’une des questions centrales de l’avenir d’Israël.

Parce que derrière elle se cache non seulement la question de la conscription.

Derrière elle se cache la question : quel sera Israël – un État juif démocratique, où différents groupes assument une responsabilité commune, ou un pays où une partie de la société sert, travaille et paie, tandis qu’une autre reçoit un statut spécial et des règles distinctes.

C’est pourquoi, sans comprendre les courants religieux et les secteurs, il est impossible de comprendre Israël aujourd’hui.

Nous recommandons de regarder cette vidéo en entier ici – https://www.youtube.com/watch?v=xZwmcFy1nQ8 : la conversation s’est avérée importante pour comprendre comment Israël est structuré aujourd’hui de l’intérieur – à travers la religion, l’armée, l’éducation, le travail, les avantages et la question de la responsabilité commune après le 7 octobre.